Accueil Organisation du Conseil Dossiers Communiqués Liens Contact
 
  À la une
 


Lettre du Bureau National du CCAF à Serge Sarkissian

Monsieur Serge Sarkissian
Président de la république d'Arménie



Monsieur le Président de la République,

Le CCAF a suivi avec inquiétude les événements violents qui ont durement secoué le pays, plongeant dans le deuil deux familles de policiers - auxquelles nous présentons nos condoléances -, provoquant de nombreux blessés parmi les forces de l’ordre et les manifestants, et débouchant sur de nombreuses arrestations.

Il n’est pas dans notre vocation de nous ingérer dans les affaires intérieures de l’Arménie. Et encore moins de prendre parti. Notre structure unitaire rassemble un large éventail de sensibilités, et ses seules intentions vis-à-vis de l’Arménie sont de nature patriotique : nous essayons de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour soutenir la nation, son Etat, sa constitution, et son peuple. L’indépendance de l’Arménie, sa libération de la dictature soviétique ont été vécues avec espoir et enthousiasme par l’ensemble du monde arménien, en particulier en France. Et c’est au nom de ces sentiments que nous souhaitions non seulement vous faire part de nos préoccupations par rapport à la situation actuelle, mais également vous proposer notre contribution, afin d’aider, si possible, le pays sortir de cette situation difficile, à renouer les fils du dialogue, à retrouver les chemins de la confiance et de l’unité.

Il nous semble que l'Etat pourrait tirer profit de la situation d’une organisation comme la nôtre, qui dispose à la fois du privilège de la distance et de celui de l’indépendance par rapport aux forces en présence. Deux facteurs susceptibles de favoriser les conditions de la confiance, en particulier dans le domaine des élections qui sont de manière endémique source de discussion, voire de contestation et donc de désordre. A ce titre, nous nous sommes réjouis de l’accord, soutenu par l’Union européenne, auquel sont parvenus les partis politiques de la majorité comme de l’opposition et qui vise, dans la perspective des prochaines législatives, à reconstituer le corps électoral, notamment à travers la distribution de nouvelles cartes d’identité.

Cette échéance politique majeure représente à nos yeux une chance pour le pays de repartir sur des bases saines, dans le cadre du système parlementaire que vous avez initié. Et il pourrait être envisageable que le CCAF apporte sa quote-part à ce processus en ajoutant ses forces à celles de l’Union européenne ou de la CEI, avec l’envoi d’un certain nombre d’observateurs de la communauté arménienne de France. Il nous parait qu’une mesure de ce type, dont il faudrait bien sûr définir les modalités, pourrait avoir le triple intérêt de renforcer la sécurisation du scrutin, de conforter la confiance dans l’élection et de rapprocher la diaspora et l’Arménie.

Par ailleurs, toujours soucieux de l’apaisement et de l’unité nationale, nous ne pouvons, face à la violence qui a ensanglanté le pays, qu’appeler toutes les parties à la raison, à la retenue. Il nous parait cependant que dans ce domaine du civisme, du respect de la constitution et de la loi, il appartient d’abord au gouvernement de donner l’exemple, en assurant ses fonctions régaliennes par rapport à l’ordre et à la sécurité, mais en étant aussi le garant des libertés : ce qui implique naturellement de traquer toutes les injustices, les brutalités policières, de ne permettre aucune arrestation abusive et de faire respecter l’Etat de droit. Dans ce cadre, comment ne pas être choqué par la décision d’un juge de placer en détention le militant de la cause arménienne Alec Yénikomchian, dont la situation physique est, d’évidence, incompatible avec cette mesure ? La libération de cet arménien venu de la diaspora, assortie au besoin d’un contrôle judiciaire si l’enquête le nécessite, serait plus conforme aux valeurs humanistes de l’Arménie dont vous vous êtes d’ailleurs montré particulièrement digne en ne permettant pas que la prise d’otage du 17 juillet se termine pour ses auteurs dans un bain de sang.

Monsieur le Président,
Vous le savez, et nous serons sur ce point en accord avec vous : seule une logique vertueuse en matière de respect des droits de l’homme et de démocratie sera susceptible d’inverser l’engrenage de la violence et des incivilités. C’est parce que nous avons foi en votre patriotisme, en votre discernement, mais aussi en votre capacité de peser sur la situation que nous nous adressons à vous, afin que l’Arménie, que vous avez la responsabilité écrasante de présider en ces circonstances très difficiles, trouve enfin le chemin de la paix intérieure et de la confiance.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de notre profond respect.


Mourad Papazian Ara Toranian
Coprésident du CCAF Coprésident du CCAF
Le bureau national du CCAF


 
 
  Tribune Libre
 
Accès tribune libre


 
  Informations
 
La question arménienne dans la Presse et l'édition internationale de 1878 à nos jours -

 


CCAF
Conseil de Coordination des organisations Arméniennes de France
118 rue de Courcelles
75017 Paris
contact@ccaf.info

 CCAF©2001-2016