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HAUT-KARABAGH LE RAPPORT ANTI-ARMÉNIEN DE M. WALTER


Sur la photo, M.Walter reçoit sa carte d’identité turque
des mains de MevlĂĽt Çavuşoğlu,
ministre des Affaires étrangères de la Turquie le 25 mai dernier.




Le Conseil de l’Europe, en butte à un puissant lobbying turco-azerbaïdjanais s’apprête à voter un rapport* grossièrement pro-azeri sur le conflit du Haut Karabagh. Pétrole et intérêts géostratégiques d’un côté, droits de l’homme de l’autre. Reproduction ci-après du courrier personnalisé que les coprésidents du CCAF envoient à l’ensemble des députés européens.


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Madame la Députée, Monsieur le Député,


Le CCAF apprend que le rapport grossièrement partial du député britannique Robert Walter sur la situation au Haut-Karabakh est inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée plénière de l’APCE du 26 janvier et qu’il risquerait d’être adopté, étant donné le poids de l’axe Ankara-Bakou dans cette enceinte et l’enchevêtrement d’un certain nombre d’intérêts qui lui sont liés, directement ou indirectement. Il va sans dire que si une telle éventualité venait à se concrétiser, non seulement elle ne ferait qu’éloigner les perspectives de solution au conflit, mais elle jetterait l’opprobre sur l’intégrité d’une institution qui a pour charge de promouvoir les valeurs démocratiques et non de servir de relais aux desseins d’une dictature qui ne dit pas son nom, mais dont on ne connait que trop la nature autoritaire, belliqueuse et raciste.

Faut-il rappeler Ă  cet Ă©gard les multiples rapports des organisations de dĂ©fense des droits de lÂ’homme sur les turpitudes du rĂ©gime Aliev en terme de libertĂ© de la presse, dÂ’opinion, de prisonniers politiques, de corruption sur le plan national et international, de fraudes Ă©lectorales, de torture, etc. ? Faut-il rappeler la fermeture des bureaux de lÂ’OSCE et de Radio Free Europe Ă  Bakou ? Faut-il rappeler les dĂ©clarations du prĂ©sident Aliev, dĂ©nonçant lÂ’ArmĂ©nie comme un « État artificiel construit » sur des terres azerbaĂŻdjanaises  ? Faut-il rappeler la boulimie militariste de son gouvernement dont le budget consacrĂ© Ă  lÂ’armement Ă©quivaut presque au PIB de lÂ’ArmĂ©nie  ? Un État dont le philosophe Michel Onfray sÂ’est rĂ©cemment dĂ©solĂ©, au terme dÂ’un voyage touristique quÂ’il y a effectuĂ© lÂ’Ă©tĂ© dernier, du « racisme anti-armĂ©nien hystĂ©rique, permanent et dangereux » qui y rĂ©gnait. Faut-il rappeler que cÂ’est sous les coups du nationalisme panturc, dont se rĂ©clament les dirigeants de lÂ’AzerbaĂŻdjan - ne proclament-ils pas que leur pays forme avec la Turquie deux États pour un mĂŞme peuple  ? -, que lÂ’existence des ArmĂ©niens sur leurs terres historiques sÂ’est rĂ©duite comme peau de chagrin ? Et que les Ă©vĂ©nements ici Ă©voquĂ©s sÂ’inscrivent dans cette logique  ? Faut-il rappeler que lorsque le Parlement du Haut-Karabakh a votĂ© et a demandĂ© par des voies lĂ©gales Ă  ĂŞtre rattachĂ© Ă  lÂ’ArmĂ©nie en 1988, la rĂ©ponse de Bakou a Ă©tĂ© dÂ’organiser immĂ©diatement des pogroms antiarmĂ©niens Ă  SoumgaĂŻt, Ă  des centaines de kilomètres de ce territoire ? Faut-il rappeler la cĂ©lèbre sentence du grand AndrĂ©ĂŻ Sakharov, prix Nobel de la Paix, qui avait dĂ©clarĂ© que le conflit du Haut-Karabakh est une question de survie pour les ArmĂ©niens et une affaire dÂ’orgueil national pour lÂ’AzerbaĂŻdjan  ?

Tous ces faits sont bien sûr absents du rapport de M.Walter, qui ne prend même pas la peine de citer une seule fois le « droit à l’autodétermination », principe qui fait pourtant partie de ceux, dits de Madrid, sur les lesquels les belligérants s’étaient mis d’accord pour négocier une solution.

Noyant à l’envi le poisson dans une suite de détails insignifiants, le rapport de M.Robert Walter entend occulter l’enjeu principal de ce conflit : le droit à l’existence des Arméniens dans un environnement marqué par le génocide de 1915 et conditionné par l’impunité dont il a fait l’objet. Car c’est hélas bel et bien dans la complicité tacite à l’égard de ce premier génocide du XXe siècle que prend ancrage l’axe Ankara/Bakou. Et c’est dans sa continuation que se construisent ses stratégies antiarméniennes qui trouvent aujourd’hui un prolongement scandaleux au sein même du Conseil de l’Europe.

Le Haut-Karabakh nÂ’est pas les Sudètes et lÂ’ArmĂ©nie nÂ’est pas cet État impĂ©rialiste que tend Ă  dĂ©peindre, par petites touches, M. Walter, anciennement membre du groupe dÂ’amitiĂ© avec lÂ’AzerbaĂŻdjan du Parlement britannique et heureux bĂ©nĂ©ficiaire dÂ’une nationalitĂ© turque qui lui a Ă©tĂ© gracieusement octroyĂ©e par M.MevlĂĽt Çavuşoğlu en mai dernier, selon le quotidien turc Sabah. LÂ’ArmĂ©nie et les ArmĂ©niens ne convoitent les territoires de personne, ils ne visent Ă  convertir quiconque Ă  leur religion, ni Ă  exercer leur puissance supposĂ©e sur quelque communautĂ© ou nation que ce soit. Ce vieux peuple toujours en danger de mort demande simplement que ces gĂ©ants Ă©conomiques et dĂ©mographiques que sont par rapport Ă  lui lÂ’AzerbaĂŻdjan et son alliĂ© turc, le laisse vivre et perpĂ©tuer sa culture trimillĂ©naire sur ce quÂ’il lui reste de ses terres ancestrales sous ses pieds. Et cÂ’est parce quÂ’ils dĂ©fendent ce droit Ă  lÂ’existence, encore remis en cause cent ans après le gĂ©nocide de 1915 par les forces du panturquisme, que des jeunes ArmĂ©niens se font tuer toutes les semaines sur la ligne de contact entre la libre RĂ©publique du Haut-Karabakh et lÂ’AzerbaĂŻdjan. Le Conseil de lÂ’Europe va-t-il aujourdÂ’hui perdre son âme en entĂ©rinant les manigances de M. Aliev et de ses marionnettes qui cherchent sa caution pour accomplir leurs noirs desseins  ?

L’APCE ne ferait pas dès lors que déconsidérer l’Europe, que ruiner ses fondements moraux, qu’avilir ses valeurs. Il rendrait de surcroit un très mauvais service à la cause de la paix dont se réclame éhontément M. Walter. Et, ce ne sont pas seulement les Arméniens de France qui l’affirment. Dans un communiqué publié le 12 novembre à Vienne le Groupe de Minsk de l’OSCE, seule autorité légale pour conduire le processus de négociation, fait la mise en garde suivante : « Compte tenu du caractère sensible des négociations, toutes les tentatives de changer le format ou de créer des mécanismes parallèles peuvent perturber le processus de négociation et entraver le progrès vers un règlement ».

Affaiblir, voir délégitimer l’unique voie de dialogue entre les deux pays, comme le propose implicitement le rapport Walter, ne pourra que contribuer à déstabiliser une situation explosive.

Monsieur le député, en refusant de vous prêter à cette manoeuvre aussi grossière qu’immorale, vous défendrez à la fois l’honneur du Parlement et les chances de la paix. Veuillez agréer, Madame la Députée, Monsieur le Député, l’expression de notre considération distinguée


Paris le 12 Janvier 2016
Mourad Papazian
Ara Toranian
Coprésidents du CCAF
 
 
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