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Le CCAF réagit au reportage « Les victimes oubliées d’un conflit gelé »

Le reportage « Les victimes oubliées d’un conflit gelé », diffusé sur la chaîne internationale Euronews le 1 février 2010, rend indispensable la clarification de certains points concernant le conflit en question.

Premièrement, il nous semble important de prendre connaissance au préalable de l’histoire du conflit et de son état actuel avant de préparer un documentaire. Or, le reportage fait un amalgame entre le Haut-Karabakh, les districts qui l'entourent et la région autonome. Il est à rappeler que le rattachement du Haut-Karabakh à l'Azerbaïdjan remonte à l’année 1923, date à laquelle sous l’ordre de Staline, la région, peuplée d’Arméniens au moins depuis le 2ème siècle avant JC, fut annexée arbitrairement à l'Azerbaïdjan. En ce début du siècle, les Arméniens constituaient 95% de la population totale de ce territoire. Depuis, les habitants de cette région autonome au sein de l'Azerbaïdjan ont toujours contesté le rattachement à ce dernier. Il est donc faux de dire dans un commentaire ambigu que les réfugiés de Khodjavend ont été « jetés hors de leur propre pays », autant qu’il s’avère faux de parler « des terres ancestrales azéries».

Deuxièmement, et en conséquence, il nous semble important qu’un reportage documentaire qui traite les conflits internationaux non résolus maintienne l’impartialité et évite tout éclairage unilatéral, afin d’éviter des malentendus sur son origine. En parlant des populations azéries touchées par le conflit, on omet (par oubli ou volontairement) de parler des centaines de milliers de réfugiés arméniens, habitant en Azerbaïdjan avant le conflit, et de la population du Haut-Karabakh lui-même, première victime du conflit. A ce titre, souvenons-nous de la question de l’injustice, soulevée dans le reportage. Était-il juste de répondre aux revendications du Karabakh de rattachement à l’Arménie par les pogroms anti-arméniens dans les principales villes d'Azerbaïdjan, Soumgaït, Kirovabad et Bakou ? Est-il juste de parler des « tombes des ancêtres restées au Karabakh », alors qu’en temps de paix l’Azerbaïdjan fait détruire à Djougha, au Nakhitchévan, les monuments arméniens médiévaux, dans le but d’effacer toute trace arménienne « des terres ancestrales azéries » ? A titre d’exemple, notons quelques titres à étudier sur ces événements comme « La tragédie de Soumgaït », présentée par le ministre actuel des Affaires étrangères S.E.M. Bernard Kouchner et préfacée par Elena Bonner (épouse d’Andrei Sakharov, prix Nobel de la Paix), ou « Nagorno Karabakh: Forgotten people in a forgotten war » de la Baronne Caroline Cox de Queensbury (parlementaire britannique), dont l’auteur du reportage semblent fortement inspiré, tout en remplaçant les victimes selon la Baronne Cox, témoin elle-même des événements, par les victimes dont parle l’Azerbaïdjan.

Troisièmement, il faut préciser que le détachement (et non la sécession) du Karabakh de l'Azerbaïdjan décidé par la forte majorité arménienne de la région était fondé en droit, inscrit dans la Constitution soviétique. Il est, par conséquent, de la responsabilité des dirigeants de l'Azerbaïdjan, d'avoir déclenché une véritable guerre dès 1991 afin de soumettre la population du Karabakh. A ce titre, il faut rappeler que les quatre résolutions de l'ONU dont parle le commentateur, datent de 1993 et exigent avant tout l’arrêt complet de toutes les hostilités. Par ailleurs, aucune d’entre elles ne mentionne le nom d’Arménie ni de la République d’Arménie. Les ruptures et les violations du cessez-le-feu ont révélé la réticence de l’Azerbaïdjan à mettre fin à la guerre.

Pour conclure, le CCAF considère qu’il est aberrant de se lancer dans des batailles de chiffres lorsqu’il s’agit de victimes, de personnes déplacées et de réfugiés. Tout conflit engendre des pertes, en revanche, la survictimisation de soi peut, par la suite, créer des sentiments belliqueux qu’il ne faudrait pas encourager. Nous aimerions croire au commentaire du journaliste lorsqu'il affirme que l'option militaire n'est pas d'actualité. Il est vrai que l'expression pour l'instant porte en elle-même un correctif menaçant. Tout comme les dires de Mme Garanfil Bayramova dont les fils « n’attendent que l’ordre du président Aliyev». Les discours belliqueux des dirigeants azéris sont confirmés par le budget militaire du pays, qui dépasse le budget total de l’Arménie.

En soulignant tous ces points, nous nous interrogeons ainsi sur la finalité du reportage : tend-il à informer sur les victimes oubliées ou à faire oublier la nature, les origines et l’actualité du conflit lui-même ?

Le CCAF demande, par conséquent, à Euronews, de faire preuve de plus d’impartialité quant à la préparation de ses reportages et d’examiner les correctifs qui s’imposent à cette initiative du 1er février dernier.


 
 
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