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Lettre ouverte adressée à Jack Lang

Monsieur le Ministre,


Les propos que vous avez tenus dans le cadre de l’ouverture d’un colloque organisé à Blois par le Collectif « Liberté pour l’Histoire » ont suscité une vive émotion dans l’opinion. J’ai, au nom de la FRA Dachnaktsoutioun (Parti socialiste arménien) tenté de vous rencontrer avant votre départ au Japon. En vain. Nous avions besoin de comprendre les raisons pour lesquelles vous aviez exprimé des propos que d’aucuns apparentent à du négationnisme. Vous n’avez pas daigné accorder à cette affaire l’importance qu’elle méritait. Dommage.

Dans une réponse que vous diffusez, vous vous dites « attristé par la campagne malhonnête et injuste orchestrée contre moi (…) »
L’indignation provoquée par vos propos nous paraît relever d’une légitimité incontestable. Dans votre exposé de Blois, vous parlez du génocide arménien entre guillemets. Pourquoi entre guillemets ? Vous exprimez votre regret d’avoir voté la proposition de loi reconnaissant le génocide arménien à l’Assemblée nationale et vous affirmez être doublement coupable, la première fois en tant que député et la seconde fois en tant que Président de la commission des affaires étrangères. Pourquoi regretter aujourd’hui ce que vous aviez accompli hier ? Pourquoi ce reniement ? Comment voulez vous que l’opinion réagisse monsieur Jack Lang ? En quoi ces réactions relèveraient d’une « campagne malhonnête et injuste» ? Nous considérons que le génocide arménien est un génocide à part entière, reconnu en tant que tel par tous les historiens qui ont travaillé sur le sujet. De nombreux États, dont la France, ont reconnu, à la lueur des travaux historiques, et sur la base de la définition juridique du mot génocide, les massacres de 1915 comme un génocide. Rafael Lemkine, lui même, l’inventeur du mot génocide, a affirmé qu’il s’appliquait au cas arménien.

Nous comprenons aujourd’hui que vous avez pris la mesure de l’inopportunité des termes de votre discours de Blois, puisque dans une lettre que vous avez diffusée le 3 février 2009, vous écrivez : « C'est moi qui, en ma qualité de Président de la Commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale, ai fait adopter par l'Assemblée la déclaration sur le génocide arménien. Je me suis ensuite battu - ce ne fut pas simple - pour que le Sénat l'adopte en termes identiques ».

Certes, cela est juste ! Mais pourquoi déclarez vous à Blois que vous le regrettez et que vous êtes deux fois coupables ? Doit-on comprendre, Monsieur Lang que vous regrettez aujourd’hui les propos tenus à Blois en octobre dernier ? Pour justifier vos propos, vous évoquez le « contexte » : « Il faut rappeler le contexte des propos qui me sont prêtés. C'était dans le cadre d'un débat scientifique entre historiens sur la compétence des parlements à édicter des lois mémorielles ».

Vous êtes juriste monsieur Jack Lang et vous savez parfaitement que le Parlement français a parfaitement la « compétence » à adopter des lois quelles qu’elles soient. Même si nous avons la conviction que la loi sur la reconnaissance du génocide arménien n’est pas « mémorielle ». Ce n’est pas le Parlement qui fait l’Histoire. L’Histoire du génocide arménien a fait l’objet de dizaines d’années d’études par des dizaines d’historiens internationaux. Le Parlement français a simplement reconnu le génocide arménien contesté depuis des dizaines d’années par les gouvernements successifs de la Turquie qui évoquent « le soi disant génocide arménien » ou… le génocide arménien entre guillemets.

Quant à la proposition de loi socialiste pénalisant la négation du génocide arménien, vous avez refusé de la voter le 12 octobre 2006.

Dans votre courrier, vous écrivez : « Je ne suis pas en effet favorable aux lois de criminalisation portant sur la contestation de faits historiques. Mieux vaut convaincre que contraindre. » Sauf qu’en l’espèce, monsieur Jack Lang, il s’agit de la négation de la réalité d’un génocide qui ne peut s’apparenter à « la contestation de faits historiques ». Contester un fait historique peut n’avoir que peu d’importance dans l’absolu. Cela dépend de la nature du fait historique en question. Pourquoi, là encore, vous livrer à une vaine tentative de banalisation ?

Vous ne contestez pas le bien fondé de la loi Gayssot qui pénalise la négation du génocide juif, et vous avez bien raison. Pourquoi avez vous une appréciation différente sur la pénalisation de la négation du génocide arménien ? On l’a vu, la loi Gayssot adoptée en 1990 n’a pas empêché les historiens de continuer à faire leur travail. Elle a juste empêché les révisionnistes de faire le leur. Et c’est tant mieux ! Pourriez vous imaginer que des ouvrages ou des articles niant la réalité de la Shoah soit édités en France. Pourrait-on envisager que l’on parle du génocide juif entre guillemets ? Non, bien sûr que non. Ce serait odieux, inadmissible, intolérable ! Le racisme et l’antisémitisme sont interdits en France. Le négationnisme de la Shoah est interdit. Celui du génocide arménien doit l’être à son tour.

Vous êtes aujourd’hui défendus par des sites négationnistes turcs qui diffusent largement les thèses du gouvernement turcs et d’organisations fascistes et para-militaires. Pouvez vous l’accepter ?

Monsieur Jack Lang, il est temps que cette polémique trouve un terme positif.

Nous attendons que vous preniez une véritable initiative de franche explication.


Mourad PAPAZIAN
Co-Président de la FRA Dachnaktsoutioun – Parti socialiste arménien
 
 
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