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Turquie : totalitarisme sournois

par Erol Ă–ZKORAY *


C’est l’heure du bilan pour la Turquie, qui figure depuis décembre 1999 sur la liste de l’élargissement de l’Union européenne. Pratiquement en onze ans, ce pays est-il devenu une vraie démocratie ? Connaît-il une liberté d’opinion et de presse digne du monde occidental ? La place qu’occupe le citoyen dans l’organisation de la société, est-elle plus importante face à un État omniprésent et écrasant? Les libertés, au sens large du terme, ont-elles évolué selon les normes européennes ? Les civils ont-ils réussi à avoir la primauté sur les militaires dans la gestion du pays ? Bref, le système, le régime, l’Etat et la société se sont-ils démocratisés ? Malheureusement, il nous est impossible de répondre à ces questions par une affirmative. Tant d’efforts de part et d’autres depuis onze années n’ont servi pratiquement à rien. Pis, les choses se sont dégradées à tous les niveaux : Politique, culturel, social, éthique et moral.
L’Union européenne a joué un rôle de détonateur, dans l’apparition concrète d’un « régime caché » dont l’essence n’est autre qu’une sorte de totalitarisme déguisé en une pseudo-démocratie (2). Pour ce pays, « les gens normaux ne savent pas que tout est possible » (3). Nous sommes en face d’un régime post-totalitaire (4), face à un « totalitarisme sournois » (5), dans un univers orwellien(6), conditionné, contrôlé, censuré, dompté et surveillé en permanence par des maîtres en uniforme.


Un régime schizophrénique

Concernant le régime turc, les données ont radicalement changé depuis le coup d’Etat de 1980. Aujourd’hui, ni la formule classique de « pays républicain et laïque », ni l’appellation à la mode de « pays musulman » ne suffisent plus pour comprendre ce pays, gouverné depuis huit ans par une formation islamiste. Cette dernière essaye toutefois d’anéantir l’espace public en appliquant une politique de dissimulation (appelée « Takiye ») dans tous les domaines. D’un autre côté, le vrai pouvoir est toujours entre les mains des militaires (7). Les élus du peuple et le gouvernement ne font que gérer les affaires courantes du pays. Mais la « dualité de l’exécutif » (!) n’empêche pas le gouvernement civil, d’entrer parfois en collusion politique avec l’armée. Cette situation hypocrite est profondément schizophrénique ; car face aux élus, les nommés ont le pouvoir.

Confronté à un problème important à résoudre, l’homme d’Etat européen ne sait plus qui est son vrai interlocuteur à Ankara. Cette dichotomie entre le pouvoir et le gouvernement nous prouve donc que nous sommes en face d’une hypocrisie d’Etat, d’un régime schizophrénique, que l’Union européenne a découvert malheureusement très tardivement. Par peur de suspendre les négociations d’adhésion, l’Union n'attire l’attention sur ce problème catastrophique que d’une façon très timide. On le voit d’ailleurs dans le dernier rapport de l’élargissement de l’Union publié en octobre 2009, évoquant le « contrôle civil sur l’armée »: « En ce qui concerne le contrôle civil des forces de sécurités, des progrès ont été accomplis, notamment en matière de restriction de la compétence juridictionnelle des tribunaux militaires. Toutefois, des officiers supérieurs de l’armée ont continué à faire des déclarations publiques sur des dossiers ne relevant pas de leur compétence et il convient d’assurer le plein contrôle parlementaire des dépenses militaires. L’implication alléguée de personnel militaire dans des activités antigouvernementales, révélée par l’enquête sur Ergenekon (procès sur les activités criminelles des officiers de l’armée et des membres de cercles nationalistes), suscite de vives inquiétudes ».

Le même ton timoré concerne également la liberté d’expression : « Il n’est plus recouru systématiquement à l’article 301 du Code pénal turc pour restreindre la liberté d’expression. Toutefois, des poursuites et condamnations se fondent sur un certain nombre d’autres articles du Code pénal. Le droit turc ne garantit pas la liberté d’expression à la hauteur de ce que prévoit la Convention européenne des droits de l’homme. Dans la pratique, les pressions politiques exercées sur les médias et des problèmes d’insécurité juridique nuisent à l’exercice de la liberté de la presse ».

Quand on fait une analyse de régime, la liberté d’expression est capitale, car elle a une place privilégiée parmi les autres libertés et sans elle il est impossible de construire une vraie démocratie. Cette liberté ne peut être limitée en aucun cas (8). Le manque de cette liberté, joue le rôle de tournesol concernant la vraie identité d’un régime politique, ainsi que de l’Etat. Selon le classement mondial de la liberté de presse en 2008 fait par « Reporters sans frontières » (RSF) la Turquie occupe la 103ème position. Dans cette classification, les pays démocratiques s’arrêtent au 60ème rang, et les pays qui suivent -dont la Turquie fait partie- sont à caractère autoritaire, putschiste ou dictatorial. Dans ce pays, la liberté d’opinion et de presse est limitée par plusieurs articles du Code pénal dont le plus connu est l’article 301, qui réprime la critique de la nation turque ainsi que l’armée (9). En effet le régime ne veut pas que les citoyens pensent (10), pour mieux asseoir son pouvoir. Par ailleurs, le rapport de l’Union, omet que la plupart des demandes de procès concernant les journalistes et écrivains proviennent de l’état-major.


L’armée turque : « l’Etat c’est moi ! »

Le « régime totalitaire sournois » (RTS) est l’œuvre de l’armée qui l’a instauré pas à pas en 30 ans à la suite de son coup d’Etat militaire du 12 septembre 1980. Il s’agit d’une sorte de fascisme alla turca, basé sur le pouvoir secret de l’armée. Le fondement institutionnel du régime est la constitution de 1982 qui encadre la vie politique, culturelle et sociale avec une main de fer. Pour mieux le comprendre, au niveau des libertés rien ne distingue ce régime de celui du Chili de Pinochet; l’instigateur du coup d’Etat le Général Evren incarnant la version anatolienne du dictateur sanglant de l’Amérique latine. L’astuce du régime pseudo-civil est la suivante : Contrôler le gouvernement par l’armée à plusieurs niveaux. Le fait d’avoir une sorte de multipartisme et de faire des élections libres et régulières – qui sont nécessaires pour une démocratie mais insuffisantes, car celles-ci ne garantissent point les libertés essentielles et les droits de l’homme- cache le côté totalitaire de l’organisation politique. En effet, le peuple conçoit le gouvernement élu comme si sa souveraineté nationale était exercée en son nom au parlement ; tandis que plusieurs institutions sournoises et documents secrets, transfèrent le pouvoir entre les mains des militaires. La plus importante et la plus efficace de ces institutions est le Conseil national de sécurité (CNS) dont la présence est antinomique avec le concept même de démocratie. D’ailleurs, il n’existe dans aucune démocratie occidentale un équivalent de cette organisation anti-démocratique, l’exemple américain n’ayant qu’un rôle purement consultatif. Or, en Turquie le vrai centre du pouvoir, le vrai pouvoir exécutif se trouve au cœur même du CNS. Au sein du CNS, le chef d’état-major et les quatre chefs des armées (terre, marine, air et gendarmerie) siègent face aux membres du gouvernement. Les militaires regardent les civils en chiens de faïence lors de ces réunions (11). A la suite des réformes demandées par l’Union, le secrétaire général du CNS n’est plus un militaire, mais un civil et la réunion mensuelle d'antan a désormais lieu une fois tous les deux mois. Chaque réunion du CNS est un coup d’Etat, il s’agit donc d’un « coup d’Etat permanent ». Le fait d’avoir un civil à la place d’un militaire change-t-il quelque chose ? Il s’agit d’un civil militarisé qui obtient l’aval de l’armée avant sa nomination. Quelle différence y a-t-il dans ce cas, entre un militaire, un militaire en civil et un civil militarisé ?
Aucune ! 1200 civils militarisés et qualifiés (tous des spécialistes dans leur domaine) travaillent dans les locaux retranchés du CNS à une dizaines de kilomètres du parlement à Ankara. Une sorte de « Pentagone civil » high-tech où réside le vrai pouvoir sous domination militaire. Aucun civil et aucun journaliste ne peuvent entrer dans ces locaux. La Turquie est dirigée depuis 1982 par le CNS, date à laquelle cette organisation est née avec la constitution putschiste. Mais cela ne suffit pas non plus, car des organisations parallèles dont on ignore toujours les noms, sont en activité aussi au sein même de l’état-major et sur lesquelles le gouvernement n’a aucun moyen de contrôle. En effet à la suite des victoires électorales en 2002 et 2007 du parti islamiste (AKP), certaines compétences du CNS ont été transmises à l’état-major, pour que son pouvoir reste intact (12). Dans ce système, l’état-major et l’armée ont un rôle de parti politique intouchable. Le CNS est « La Mecque du totalitarisme turc » et il faut l’abolir pour pouvoir passer à une vraie démocratie. Cela nécessite une nouvelle constitution civile, condition sine qua non de devenir membre de l’Union européenne.

Flagrant délit de l’armée turque : Ergenekon

Nous, intellectuels turcs, avons découvert ce mécanisme politique tardivement en 2000 avec 18 années de retard. Grâce à nous, l’Union en a eu connaissance vers 2003-2004. Tandis que l’opinion turque, profondément choquée sur les agissements secrets de l’armée, le découvre en 2008, à la suite d’une enquête menée sur le
réseau Ergenekon (13), composée spécialement d’officiers de l’armée, ayant eu
des activités criminelles pour réaliser un coup d’Etat militaire sanglant, afin de créer un Etat fasciste classique, basé sur la terreur et la violence d’Etat.
Les secrets du pouvoir en Turquie se sont ainsi dévoilés par ce procès qui bat toujours son plein, dont fait partie pratiquement toute une élite républicaine et kémaliste partisan du statu quo, du pouvoir de l’armée et de l’autoritarisme tout en restant l’ennemi de l’Union européenne. Des généraux aux journalistes, des hommes d’affaires aux universitaires, des personnalités défilent sur le banc des accusés. Entre 2002-2009, ces putchistes ont tenté sept coups d’Etat. Dans leur ligne de mire: des Kurdes, des Alévites, des Arméniens, des islamistes, des démocrates, des socialistes, des libéraux et des partisans de l’Union. L’armée turque qui rêvait d’un coup d’Etat classique depuis 2002, date à laquelle les islamistes ont remporté les élections, est impliquée jusqu’au cou dans cette mise-en-scène sanglante, mais qui reste heureusement fictive. Voyant les dangers pour son image, l’état-major essaye de prendre ses distances en se désolidarisant de ses membres impliqués dans cette affaire, tout en exerçant une énorme pression sur le tribunal, mais aussi en mettant en œuvre par le biais des médias une désinformation sans précédent pour discréditer le procès Ergenekon.
Nous savons que l’Etat est représenté par Ergenekon en tant qu'il se confond avec l'armée qui se pose comme le « propriétaire du pays ». Donc, il y a un lien direct entre l’état-major et Ergenekon. Dans le RTS, l’Etat et l’armée ne font qu’une. Les citoyens turcs ne sont pas aussi dupes pour avaler cette couleuvre à l’heure de l’Union européenne. Plus d’un quart de siècle de mensonges et de violences orchestrées par l’Etat (du 1er mai sanglant de 1977 dont le bilan était de 34 morts, aux assassinats politiques des journalistes, des syndicalistes, des universitaires, des politiciens kurdes, etc., entre les années 1977-2007) défilent devant les yeux du peuple turc. Ergenekon est le flagrant délit de l’armée turque. Ce procès peut être l'occasion de renforcer la confiance aux civils, mais la grande question est de savoir s’il peut aboutir jusqu’au bout, dans un contexte où la justice est politisée, où l’armée fait tout pour noyauter le processus, et où l’opinion est souvent déboussolée face à une désinformation systématique.

Quand l’exception devient la règle


A l’exception de l’état-major, du secrétariat du CNS et de quelques membres importants du gouvernement, personne ne sait qu’en Turquie, ni bien sûr à l’Union européenne, que ce pays est dirigé depuis 1997 (14)par une « cellule de crise » où le secrétaire général du CNS (15) exerce son pouvoir au nom de son patron, l’état-major. Cet organe d’exception avec le temps est devenu la règle.
Créé en 1997 dans le but de mieux cerner le premier ministre islamiste Necmettin Erbakan, cette « cellule de crise », sous prétexte que le pays était soumis à un danger terroriste perpétuel (le problème Kurde) est devenu une arme entre les mains des militaires pour un contrôle efficace du gouvernement. Trois personnes mettent en œuvre la politique de cette institution : le chef d’état-major, le premier ministre et le secrétaire général du CNS. Le rôle du premier ministre est secondaire, tandis que le cœur de l’organisation se trouve au quartier général du CNS, présidée par son secrétaire général travaillant sous les ordres du chef d’état-major. Ainsi, depuis 2002 l’armée contrôle le gouvernement islamiste, détermine l’ordre du jour, mais aussi son chef d’état-major fait des réunions hebdomadaires avec le premier ministre. Dans le langage officiel, on appelle « réunion de routine » cette pathologie politique. Par ce biais, l’armée n’est pas censée attendre son rendez-vous avec le gouvernement durant deux mois.
Ce fait prouve le transfert indirect du pouvoir exécutif entre les mains de l’armée.

Une seule faille existe dans leur système de contrôle du gouvernement : l’élection d’un chef d’Etat islamiste, Abdullah Gül. Initialement ce poste était conçu par la constitution de 1982 pour que le Président se porte garant et empêche un gouvernement indésirable de toucher à l’appareil républicain et laïc.
Malgré plusieurs tentatives de coup d’Etat, de chantage (en 2008, échec de la fermeture de l’AKP par la Cour constitutionnelle), de violation de la constitution, l’armée a totalement échoué dans cette entreprise et Gül a été élu chef d’Etat en 2007 par le Parlement. Mais le pays a vécu une succession de crises, inimaginable dans un régime parlementaire.

Légitimation du pouvoir : Stratégie de crise

L’armée excelle en matière de stratégie de crise. Elle a besoin de crises pour légitimer son pouvoir. Elle fait la mise-en-scène de deux sortes de crises, l’une qui concerne les ennemis extérieurs (« crise externe ») et l’autre les ennemis intérieurs (« crise interne »). Elle crée la crise d’une façon artificielle qui devient tout de suite l’ordre du jour du pays. Ensuite, elle la gère à merveille et y met fin d'un seul coup sans résoudre quoi que ce soit.
Pour arriver à ses fins elle utilise les médias, recourt au chantage, utilise la diplomatie et bien sûr ses armées. Dans ce domaine, elle est unique au monde. A chaque crise, ses interlocuteurs sont désarmés et ne savent plus quoi faire. Le pays qui connaît le mieux cette stratégie est la Grèce. Les dossiers épineux ne manquent pas entre les deux pays : Chypre, délimitation du plateau continental, utilisation de l’espace aérien sur la mer Egée, militarisation des îles grecques, minorité turque en Grèce, statut œcuménique de l’Eglise orthodoxe à Istanbul. L’actuel premier ministre grec Georges Papandréou (16) connaît par cœur cette stratégie d’Ankara œuvrée toujours par des militaires.

Par ailleurs, concernant les « ennemis intérieurs », il suffirait de rappeler que seulement les armées putschistes appellent leur peuple par ce qualificatif (dans l'Espagne de Franco ou bien dans la Grèce des Colonels). Selon cette armée, des Kurdes aux islamistes, des gauchistes aux libéraux, des anarchistes aux partisans de l’Union européenne, les ennemis intérieurs ne manquent pas !
Sur une population de 72 millions d’habitants, aujourd’hui le nombre d’ennemis intérieurs s’élèverait donc à plus de 50 millions d’habitants, soit 70% de la population. Selon le temps, la mode, la conjoncture politique, les priorités de l’armée, ces ennemis intérieurs peuvent changer à tout moment. Mais ce qui est sûr est que les islamistes et les Kurdes sont partis pour rester ennemis d’Etat jusqu’à l’infini !

Les lignes rouges du pouvoir

A côté de la constitution putschiste, il existe également une sorte de pseudo-constitution secrète de l’armée (« Acte politique de sécurité nationale »-MGSB) (17) qui consiste en l'énumération des lignes rouges de l’Etat turc :

- concernant le problème kurde, empêcher la division du pays;

- ne faire aucune concession sur le problème chypriote;

- rendre intouchable la laïcité de l’Etat;

- Âśuvrer contre lÂ’Eglise orthodoxe dans le pays;

- ne jamais accepter le terme de « génocide » concernant le problème arménien.


Le gouvernement civil tente certaines ouvertures à propos de ces sujets (avec l’Arménie, les Kurdes et l’Eglise orthodoxe d’Istanbul), mais jusqu’à présent aucune solution concrète n’a été obtenue; car l’armée a le monopole de décision sur ces dossiers. Les civils se contentent des miettes et prennent leurs désirs pour la réalité !

Deux autres sujets y sont également évoqués : l’encerclement de la Turquie par la Grèce et le non-dit secret contre la politique de l’Union européenne. Selon MGSB, la Grèce qui est un pays de 11 millions d’habitants, encerclerait la Turquie qui en compte 72 millions. En plus, selon des sources très bien informées, dans le texte la Grèce est qualifiée comme pays agressif vis-à-vis de la Turquie, et la Turquie en tant que « pays pacifique » devrait être prête à « toute agression provenant de son ennemi ».

De peur de perdre son pouvoir politique, MGSB est contre l’appartenance du pays à l’Union européenne, sauf si les Européens acceptent ce pays en tant que tel.
Il faut comprendre par là, l’acceptation de tout un régime et d'un Etat avec sa panoplie totalitaire, inconcevable et inacceptable pour une organisation démocratique.

Ce document est la pièce maîtresse de la politique de défense et de la politique extérieure de la Turquie et l’armée le défend lors des réunions du CNS. Toute politique concernant la Turquie, qui ne tiendrait pas compte de ce document, est vouée à l’échec. MGSB d’un côté nous montre la paranoïa de l’Etat turc, et d’un autre côté un nationalisme maladif ancré au cœur de l’Etat.

Sources du totalitarisme et du fascisme dÂ’Etat turc

Sans doute, il faudrait plutôt parler, au pluriel, des totalitarismes. Ce qui est valable aussi pour les fascismes. Les totalitarismes fascistes s’inscrivent dans la modernité. D’un autre côté, comme dit Robert O. Paxton dans « Fascisme en action », « il faut mettre un terme à l’usage abusif de l’étiquette ‘fascisme’, mais pas la rejeter à cause de cet usage abusif. Il demeure indispensable. Nous avons besoin d’un terme générique pour ce qui est non seulement un phénomène général, mais la nouveauté politique la plus importante du XXe siècle : un mouvement populaire s’élevant à la fois contre la gauche et contre l’individualisme libéral». La grande diversité des fascismes et l’utilisation à tort et à travers du terme «fasciste et fascisme» comme une étiquette diffamatoire, ne sont pas une raison d'abandonner ce concept concernant le cas turc. En effet, le phénomène fasciste ne peut être compris que dans la mesure où il est localisé à l’intérieur d’un stade, caractérisé par la modification du rôle de l’Etat, ce qui se conjugue parfaitement avec la réalité turque, surtout après le coup d’Etat de 1980.

En 86 ans de république, comment ce pays est-il devenu un pays totalitaire et fasciste? Nous sommes en face d’une forme d’Etat post-totalitaire et postfasciste. En effet, actuellement ni la gauche, ni l’individualisme libéral n'existent dans ce pays, la preuve que le fascisme est passé par là et y demeure toujours. Jamais dans ce pays l’armée n’aurait pu accéder au pouvoir sans l’aval des élites traditionnelles (chefs des gouvernements, chefs de parti, grands responsables politiques), ni sans la complicité des membres de l’establishment : magistrats, hauts responsables de la police, universitaires, journalistes, intellectuels et hommes d’affaires. Pour mieux cerner la catastrophe politique à laquelle le peuple de Turquie doit faire face aujourd’hui, il faut voir l’enracinement des mouvements nationalistes (kémalisme, ultranationalisme et fascisme) dans le système politique, la manière dont le pouvoir est consolidé, la manière dont le pouvoir est exercé et leur évolution dans le temps.

Le 29 octobre 1923, Mustafa Kemal Atatürk a fondé cette république rejetant 624 années d’histoire ottomane (18). En un seul jour, le pays n’avait plus de passé (19). Il fallait réinventer un pays, une nation, un homme nouveau et réécrire l’Histoire. Atatürk le fera, mais la république qu’il mettra sur pied ne sera jamais une démocratie, elle sera autoritaire. La démocratie n’était pas à la mode à son époque. Des dictateurs pullulaient: Horthy en Hongrie, Pilsudski en Pologne, Metaxas en Grèce, Franco en Espagne et Salazar au Portugal. Trois régimes totalitaires faisaient aussi la loi en Europe : Mussolini en Italie, Staline en URSS et Hitler en Allemagne.

Mustafa Kemal, dont le point fort n’était pas l’esprit démocratique, a été influencé par le fascisme dont il a appliqué certains principes, mais au début sa république n’était pas fasciste. Spécialiste des fascismes, l’historien Pierre Milza, tenant compte de ses réformes, qualifie le kémalisme de « fascisme de gauche »; tandis que pour le constitutionnaliste Maurice Duverger, c’est un «despotisme éclairé». Cela dit, le parti que Mustafa Kemal va fonder, le Parti républicain du peuple (CHP), choisira comme emblème les six faisceaux du fascisme italien, qui symbolisaient les six points capitaux du programme de
Mussolini (20). Aujourd’hui ce parti, dirigé par Deniz Baykal, est devenu
l’opposition principale au parlement face aux islamistes, avec son programme ultra nationaliste et sa politique militariste ayant une tendance plutôt fascisante que social-démocrate. L'ironie de l’histoire est qu'il est toujours
membre de lÂ’Internationale socialiste (21).

Si on prend le texte indépassable de Renan, « Qu’est-ce qu’une nation ? », prononcé à la Sorbonne en 1882, tout ce que Mustafa Kemal a fait pour reconstruire la nouvelle nation turque est en total contradiction avec l’analyse visionnaire de l’intellectuel français. Aujourd’hui, du statut du citoyen à l’autoritarisme d’Etat, du problème kurde au manque des libertés essentielles, les erreurs proviennent de cette politique. L’erreur la plus grave de Mustafa Kemal est d'avoir confondu la race et la nation. En effet, il n’est jamais de race pure, encore moins originelle. Chaque population, et donc chaque nation, sont faites de constants mélanges. L’identification d’une race est scientifiquement impossible. Dans ce pays dont le peuple est composé de 36 ethnies, au début Mustafa Kemal a appliqué une politique juste et s'est adressé dans ses discours au « peuple de Turquie » (22). Mais il a écarté cette conception moderne de la nation, pour la fonder sur une ethnie et la « race turque » apparaît à partir de 1927 dans ses discours officiels. Atatürk a commis l'erreur de substituer au principe des nations celui de l’ethnie, ce qui était un très grand danger pour un véritable progrès. Jusqu’à sa mort en 1938, sa politique essentielle a été de vanter la suprématie de la race turque.

Même erreur concernant la langue. Atatürk a voulu obtenir l’unité de la langue par des mesures de coercition. Comme l’a dit Renan, « la langue invite à se réunir ; elle n’y force pas », et il continue : « Les langues sont des formations historiques, qui indiquent peu de choses sur le sang de ceux qui parlent ». « Quand on y met de l’exagération, on se renferme dans une culture déterminée, tenue pour nationale ; on se limite, on se claquemure », poursuit Renan.

Troisième erreur fatale date des années 2000, avec l’accession au gouvernement des islamistes en 2002 : Il s’agit de la religion d’Etat, du sunnisme. Comme dit
Renan, il ne pourrait y avoir une religion d’Etat, car « la religion est devenue chose individuelle, elle regarde la conscience de chacun ». Officiellement il s’agit du synthèse islamo-turque (en turc « Türk-islam sentezi ») qui puise ses sources idéologiques du coup d’Etat militaire de 1980.

Il faut énumérer par ailleurs, les méfaits de l’Etat-nation, les bases totalitaires du jacobinisme (Etat centralisateur), le retard de l’unité nationale (23), l’inégal développement économique entre l’est et l’ouest du pays (24), l’union mystique du chef (Atatürk) avec le destin historique de son peuple (source du culte de la personnalité), l’anti-intellectualisme brutal du régime, l’ultranationalisme populiste, le génocide arménien (25), le culte du drapeau, ainsi que le manque des partis de droite et de gauche (source du totalitarisme) qui sont des éléments déterminants pour mieux cerner les bases du fascisme turc (26).

Militarisation du civil


Avec son troisième coup d’Etat en 1980 (27) l’armée réussit enfin d’instaurer son modèle de société, qui est devenu une vraie catastrophe en trente années d’existence: une société uniforme, immuable, figée, aseptisée et dépolitisée.
Pour y arriver, elle a écrasé toutes les institutions (partis politiques, universités, syndicats, associations), a appliqué une politique anti-intellectuelle brutale (contre les écrivains, enseignants, professeurs et journalistes) et a torturé, arrêté et fiché 2.333.000 personnes politisées en commettant des traumatismes irréversibles sur ces dernières. Ainsi, les dynamiques internes du pays, ses ressources politiques et intellectuelles sont définitivement liquidées, écrasées à jamais. C’est la raison pour laquelle, les politiques de démocratisation de l’Union européenne (en tant que dynamique externe) n’arrivent pas à activer une dynamique interne, car elle est très faible, voire inexistante. Le dynamisme politique de cette société, anéanti par ce coup d’Etat, laisse aujourd’hui la place à la militarisation du civil et à une Turquie couleur kaki. Dans ce système, l’individu doit s’effacer devant l’Etat. Les militaires ont appliqué à la lettre la pensée de Mussolini : « La conception fasciste de la vie […] n’affirme la valeur de l’individu que dans la mesure où ses intérêts coïncident avec ceux de l’Etat ».

Après 30 années de totalitarisme fasciste, nous sommes en face d’un nouvel homme créé par les militaires. En une génération, elle a réussi ce que Hitler et Mussolini, faute du temps (28), n’ont pu réussir. Nous sommes en face d’une société, dans son ensemble, fasciste, raciste et xénophobe. Pour y arriver, l’armée a utilisé deux instruments : l’éducation et les médias.

Concernant l’enseignement secondaire, les choses étaient simples : un programme ultranationaliste basé sur le culte de personnalité d’Atatürk et sur la supériorité de la race turque. Ainsi, au total 4.000 violations des droits de l’homme ont été recensées dans les manuels scolaires par un groupe de professeurs, il y a dix ans. Aucun changement n’est intervenu depuis, malgré le processus d'adhésion à l’Union européenne.

Pour les universités, les placer sous l'autorité du Conseil suprême de l'éducation (YÖK), une invention des militaires et dépendant du pouvoir politique, suffisait pour que les étudiants soient imprégnés de l’idéologie d’Etat. Par ailleurs, YÖK a complètement détruit l’autonomie des universités.
Dans la militarisation du civil le dernier rôle à jouer était celui des médias qui l’ont exécuté sans aucune faille jusqu’à aujourd’hui. Cependant, il ne faut pas oublier non plus le lavage de cerveaux, lors du service militaire obligatoire. Bref, les « appareils idéologiques d’Etat » conceptualisés par le philosophe Louis Althusser, ont fonctionné efficacement dans le cas turc.

La recherche sur les valeurs universelles dans le monde et en Europe en 2007, sondage d’opinion coordonné en Turquie par le professeur Yilmaz Esmer, nous montre la très faible individualisation dans ce pays. L’individualisation correspond à une culture du choix, chacun affirmant son autonomie, sa capacité d’orienter son action sans être contrôlé et contraint. L’individualisation peut aussi se lire dans les valeurs politiques et religieuses. Le manque de l’individualisation est la preuve par ailleurs d’un déficit de la démocratie. En effet, seulement 11% des Turcs pensent que la liberté d’expression est importante, 53% sont contre la signature de pétitions, 73% ne font pas confiance aux étrangers, 74% font confiance à l’armée, 53% sont pour la sécurité, 91% sont contents d’être Turcs, la religion est très importante pour 92% et une large majorité ne supporte pas les marginaux comme voisins (parmi lesquelles les homosexuels 88%, les concubins 65% et les athées 63%). Par ailleurs, 55% des Turcs ne désire pas des voisins juifs. Ces valeurs des Turcs nous démontrent que ce peuple n’est pas confiant et qu'il est intolérant, anti-démocrate, xénophobe, raciste et religieux. Par rapport aux années 70, les valeurs de la population de Turquie ont complètement changé pour être empreintes de racisme (envers les étrangers, envers les Kurdes et envers les Juifs). La société en question est totalement déchiquetée par l’armée et le coup d’Etat de 1980.

La tyrannie des médias

Les médias constituent la dernière pièce du puzzle pour boucler le totalitarisme turc. En effet, la présence d’un monopole de presse dangereux bloque la démocratisation, diffuse des idées très nationalistes et fascisantes, applique une politique active de soutien à l’armée et défait totalement l’opinion publique concernant la politique de l’Union européenne. Il s’agit du Groupe Dogan (29) qui s’est progressivement disqualifié depuis au moins une dizaine d’années ; car au niveau de l’éthique du métier et selon les normes démocratiques, ce groupe n’a rien avoir avec les valeurs universelles de la presse. Les personnes qui y travaillent ont perdu depuis longtemps leurs qualificatifs de journaliste. En symbiose avec l’armée, ce groupe opère pour la désinformation, dans le but de défendre coûte que coûte le statu quo, empêche toute évolution intellectuelle et politique du pays, et organise le lynchage des intellectuels (30). Ce groupe fait totalement abstraction de la liberté d’opinion et ne trouve aucun inconvénient à désigner les intellectuels pour cible. Il faut se débarrasser absolument de cette pseudo-presse tyrannique pour construire une démocratie saine, pour accéder à l’Union et pour avoir une presse pluraliste. Il suffirait pour y arriver de voter une loi anti-trust
(31). Mais le gouvernement a choisi un tout autre chemin, une énorme pénalité fiscale de l’ordre de 4,8 milliards de livres turques, soit 2,170 milliards d’euros. Cette facture qui émane du gouvernement islamiste, mettra fin à cet empire tentaculaire qui œuvre contre la démocratie et contre l’Union européenne. En effet, les jours du groupe Dogan sont comptés, mais qui peut garantir qu’il n’y aura pas à sa place un autre monopole de tendance islamiste cette fois-ci ? Ce danger est réel et il existe. Par ailleurs, dans son dernier rapport, le soutien que l’Union apporte à ce groupe est un piège, car la liquidation de ce groupe ne nuit aucunement à la liberté de presse, tout au contraire elle portera un coup très dur au régime totalitaire et déboussolera les politiques des militaires en direction de l’opinion. Concernant la liberté d’expression et celle de presse, dans le dernier rapport de l’élargissement de l’Union, cette organisation commet une autre erreur en disant que « le droit turc ne garantit pas la liberté d’expression à la hauteur de ce que prévoit la Convention européenne des droits de l’homme ». C’est faux, car l’article 90 de la constitution porte cette garantie, mais aucun juge ne l’a utilisé jusqu’à présent (32). L’Union peut demander l’application par la justice turque de cet article, qui réglera dans son ensemble la restriction de la liberté l’expression.

La fin de la IVe RĂ©publique


La crise des institutions et les blocages structurels sont tels qu’on peut déjà affirmer la fin de la IVe République turque (33). Intellectuellement on peut annoncer sa fin, mais techniquement, comme dit Orwell « ce qui est terrifiant dans les dictatures modernes, c’est qu’elles constituent un phénomène entièrement sans précédent. On ne peut prévoir leur fin ».

Les militaires veulent mettre fin au gouvernement islamiste par tous les moyens (coup d’Etat, guerre psychologique, etc.) (34), mais n’y arrivent pas, pour deux données : 25% des officiers seraient contre les agissements anti-démocratiques de l’armée et désireraient une vraie ouverture du pays envers l’Union européenne, donc vers une vraie démocratie; la défection de l’opinion publique qui ne soutient pas dans sa totalité l’entreprise de l’armée. Il faut savoir que depuis le dernier coup d’Etat, l’armée opère ce genre d’opération putschiste sans aucune faille. Tandis que le gouvernement, fort de ses 46% de voix obtenus lors des dernières élections législatives de 2007, essaye de résister aux pressions, mais au dernier moment revient à lui-même constatant qu’il n’a pas le vrai pouvoir. D’un côté, nous avons un totalitarisme couleur kaki, et de l’autre un fascisme vert latent. Dans ce jeu truqué, il existe d’autres formations comme le CHP qui apporte son soutien à l’armée, dans un univers politique où la droite et la gauche n’existent pas. C’est un pluralisme politique de façade, dans lequel aucun parti politique n'opère pour une vraie démocratie. Le double jeu du parti islamiste crée par ailleurs une crise de confiance qui complique les données. Dans cette mise-en-scène, le principe de séparation des pouvoirs laisse la place à « l’unicité des pouvoirs », et le trio magique d’une démocratie (élection, représentation et contrôle) ne fonctionne pas. L’élu dépend directement du leader de son parti qui le nomme, ainsi il ne représente pas le peuple mais son patron, et il est de fait incontrôlable par ses électeurs. C’est la raison principale de la corruption qui sévit dans le pays (35).

Dans ce contexte, deux blocages structurels très graves empoisonnent l’avenir politique du pays : l’entêtement des militaires pour défendre jusqu’à l’infini le principe de l’Etat-nation, et du côté des islamistes, la persistance pour faire du sunnisme une religion d’Etat malgré la laïcité (36) qui reste toujours en vigueur.

Malgré ses méfaits, l’Etat-nation a fondé le pays. Mais pour sa survie, il faut passer à un stade supérieur qui est celui d’accepter les richesses culturelles et ethniques. C’est ce que la France a fait en constatant les limites de
lÂ’Etat-nation; car la nation nÂ’est pas Ă©ternelle, elle peut ĂŞtre mortelle.
L’armée utilise aujourd’hui ce concept contre les Kurdes et ne veut plus entendre parler des minorités ethniques.

La laïcité n’a pas empêché que le sunnisme devienne la religion d’Etat.
Pratiquement tout le monde œuvre dans ce sens depuis 1950 : le Parti démocrate de Menderes, le parti de la Justice de Demirel, l’armée avec son général putschiste Evren, le Parti de la Mère Patrie d’Özal et aujourd’hui le gouvernement islamiste d’Erdogan. Voyons l’anomalie de près : officiellement, nous sommes dans un Etat laïc, dont le peuple est sunnite et tous les citoyens sont des Turcs musulmans. La discrimination concerne des millions de personnes : les Kurdes (au moins 15 millions), les Alévis (branche progressiste de l’islam chiite basé sur l’égalité de l’homme et de la femme et qui compte 20 millions de personnes), les Arméniens (65.000), les Juifs (45.000), les Grecs (2.000), les Chrétiens (plusieurs dizaines de milliers), les autres minorités (Bosniaques, Caucasiens, Arabes, Syriaques, au total au moins 10 millions de personnes), les agnostiques et les athées. Nous sommes dans un pays où coexistent 36 ethnies et 7 religions. Au total, 50 millions de personnes ne sont pas concernées par ces qualificatifs de race (turque) et de religion (sunnisme). Dans ce contexte, le qualificatif de « pays musulman » n’a aucun sens. Par ailleurs, avec cette vision maladive, ni la laïcité ne peut survivre, ni une démocratie ne peut se développer.

Les failles politiques, culturelles et ethniques

Le pouvoir (toujours l’armée) crée ces divisions avec ses politiques anachroniques et dépassées, mais tente ensuite de les exploiter pour garder les rênes du pouvoir. L’armée jouera dans les mois et les années à venir sur plusieurs dissensions : laïcs-religieux, Sunnites-Alévis, Kurdes-Turcs, islamistes-républicains. Elle a instrumentalisé, à plusieurs reprises et de façon sanglante, ces divergences depuis 1978. Ces failles politiques, sociales, culturelles et ethniques sont sources de potentielles guerres civiles, une sorte de bombe à retardement. Pour l’activer, il faut juste une décision politique des militaires. C’est le plus grand danger que court ce pays. La Turquie pourrait être la Yougoslavie du XXIe siècle, si les choses dégénèrent.

Guidé par la religion, le gouvernement aussi nage dans des eaux troubles avec sa politique étrangère. Ses meilleurs interlocuteurs sont le Hamas et l’Iran, malgré l’accord de coopération stratégique et militaire signé avec Israël en 1996. Le premier ministre n’en reste pas là, il met sur pied une politique de provocation anti-israélienne qui flirte avec l’antisémitisme.

Bien sûr, Israël est fou de rage et les Juifs de Turquie s’apprêtent à quitter le pays au plus tard dans les deux années à venir, car le climat politique dans ce pays vire au racisme et à l’antisémitisme. Washington est très mécontent de ces nouveaux développements et le lobby juif aux Etats-Unis a décidé de lâcher la Turquie tant qu’il y aura un gouvernement islamiste. Ainsi, depuis l’Empire ottoman ce pays est devenu pour la première fois un pays douteux, car il ne tient pas sa parole malgré un accord signé entre les deux pays (37).

Concernant le projet européen, les choses se compliquent surtout au niveau de l’opinion publique. Selon le sondage d’opinion coordonné en Turquie par le professeur Yilmaz Esmer en 2007, 61% des Turcs pensent que l’Union européenne (UE) refusera la candidature turque, même si le pays réalise toutes les réformes demandées. Ce résultat catastrophique est l’œuvre conjointe de l’état-major avec le groupe Dogan qui ont guidé l’opinion dans ce sens depuis 2002 (38). Ainsi, le soutien à l’UE qui était de l’ordre de 75-80% en 2002, a baissé aujourd’hui à 35-40%.

Même aujourd’hui, l’UE ne saisit pas dans tous ses détails l’importance politique de l’armée dans ce pays. Elle n’a pas une politique claire et cohérente vis-à-vis de cette institution. Sans résoudre ce problème, le dossier du pays ne peut avancer, il reculera au contraire. Pis, un jour on peut se réveiller avec un nouveau coup d’Etat. Personne ne peut le nier, le danger est réel et il existe. Est-ce que l’UE était dupe en débutant les pourparlers avec ce pays ? Pas du tout, mais la capacité de résistance des forces anachroniques dans ce pays a été sous-estimée. Nous aussi l’avons découverte avec le processus de l’UE. Il s’agit d’un autoritarisme qui s’est mué en totalitarisme et qui dure depuis 86 ans. Même le communisme soviétique s’est écroulé au bout de 74 ans.
Alors que faire ? Et comment faire ? Les dynamiques internes étant insuffisantes, c’est à l’Union européenne en tant que dynamique externe, de créer de nouvelles politiques, en déjouant la tutelle politique des militaires,
et ainsi en faisant passer ce pays à une vraie démocratie civile.





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Journaliste et Ă©diteur de la revue Idea Politika (1998-2002)(1). Politologue et conseiller en communication politique.
Auteur, entre autres publications, de : Totalitarisme à la turque: Ecrits politiques et interviews (1978-2006), Istanbul, Editions Belge, 2006 ; A quoi sert l’armée ? Procès kafkaïen, Istanbul, Editions Belge, 2007 ; Vers la 5ème République (turque) - Ecrits 2008-2009, publié sur le site internet sesonline.net, juin 2009, Ecrits Interdits, publié sur le site internet kuyerel.com, février 2010.



(1) Cette revue a été contrainte de suspendre sa parution après avoir fait l’objet de plusieurs saisies et mesures d’interdiction de la part des autorités turques. L’état-major des armées a engagé contre Erol Özkoray une vingtaine de procédures judiciaires, dont 15 procès. Dans ces procès, le procureur a requis au total près de cinquante ans d’emprisonnement sur la base de l’article 159, aujourd’hui devenu l’article 301 du Code pénal qui réprime les critiques contre l’armée. Özkoray a remporté tous les procès (non-lieu et acquittement confirmé en appel) dont le dernier en 2009. Le combat juridique qui s’est terminé par une victoire sur l’armée a duré au total neuf ans (2000-2009).

(2) Cette pseudo-démocratie, est d’un côté un « régime constitutionnel-pluraliste à caractère oligarchique » (Raymond Aron) ; d’un
autre côté une sorte de « république autoritaire ». Mais ses racines intellectuelles, ses origines fascistes, et son organisation totalitaire, surtout après le coup d’Etat militaire de 1980, font de ce régime une sorte de
totalitarisme moderne.

(3) David Rousset, LÂ’Univers concentrationnaire, Paris, 1946,
p. 181.

(4) « Trois expériences historiques nées de la Première guerre
mondiale sont Ă  lÂ’origine du concept (le totalitarisme) : le fascisme italien
(1922-1945), le national-socialisme allemand (1933-1945) et le stalinisme russe (entre les années vingt et le milieu des annes cinquante). Au-delà de leurs différences substantielles qui touchent à leur formation, à leur idéologie et à leurs bases sociales, ces trois régimes ont exprimé des formes de pouvoir auparavant inconnues dont certaines affinités sollicitent une approche comparatiste et dont les aboutissements criminels suscitent des interrogations nouvelles au sujet du rapport qui s’instaure, au XXe siècle, d’une part entre le pouvoir et la société, d’autre part entre la violence et l’Etat. Sur un point au
moins tous les observateurs se trouvent d’accord : le totalitarisme est l’antithèse de l’Etat de droit ». Enzo Traverso, Le Totalitarisme, Paris, Editions du Seuil, 2001, p. 12.

(5) Le concept de « totalitarisme sournois » m’appartient. Dans l’élaboration de ce concept, j’ai utilisé les travaux de Nicos Poulantzas
sur la « forme d’Etat d’exception » (Fascisme et dictature), la « démocratie totalitaire » de Jacob Lieb Talmon qui évoque les bases totalitaires du jacobinisme, les travaux sur la « Démocratie et totalitarisme » de Raymond Aron,
les analyses sur les institutions secrètes à caractère totalitaire dans des démocraties de Noam Chomsky, ainsi que le travail colossal de Hannah Arendt sur le totalitarisme.

(6) Sur le totalitarisme et son avenir politique George Orwell dit : « Ce qui est terrifiant dans les dictatures modernes, c’est qu’elles
constituent un phénomène entièrement sans précédent. On ne peut prévoir leur fin. Autrefois, toutes les tyrannies se faisaient tôt ou tard renverser, ou à tout le moins elles provoquaient une résistance, du seul fait que la ‘nature
humaine’, dans l’ordre normal des choses, aspire toujours à la liberté. Mais rien ne garantit que cette ‘nature humaine’ soit un facteur constant. Il se pourrait fort bien qu’on arrive à produire une nouvelle race d’hommes, dénuée de toute aspiration à la liberté, tout comme on pourrait créer une race de vaches sans cornes ». Cité par Simon Leys (Pierre Ryckmans), Orwell ou l’horreur de la
politique, Paris, Plon, 2006, p. 109.

(7) Sur ce sujet voir Erol Özkoray, « L’armée Turque au cœur du pouvoir », Politique Internationale no : 101, automne 2003, p. 277.

(8) La liberté d’opinion peut étre restreinte dans un seul cas, lorsqu’il s’agit du négationnisme des génocides. Le négationnisme étant un appel à la haine et un délit, il ne peut-être considéré comme une idée. D’ailleurs, la loi Gayssot (1990) réprime le négationnisme en France. Mais elle concerne uniquement la Shoah. Une nouvelle loi votée à l’Assemblée nationale concerne par ailleurs la négation du génocide des Arméniens. Le Parlement européen travaille d’autre part sur un texte qui condamnera le négationnisme dans tous les pays de l’Union.

(9) Les journalistes, universitaires et intellectuels turcs ont fait l’objet de procédures judiciaires à cause de cet article. Le journaliste arménien Hrant Dink a été assassiné en 2007 à la suite d’un complot d’Etat après sa condamnation (toujours l’article 301), qui était par ailleurs un scandale juridique. Ayant été l’objet de plusieurs menaces de mort, le politologue Baskin Oran vit depuis trois ans sous protection policière. Le romancier Orhan Pamuk (Prix Nobel de la littérature en 2006) est contraint de vivre à New York, après un lynchage lors de son procès à Istanbul et la menace de mort qu’il a eue directement des assassins de Hrant Dink.

(10) Spécialiste des régimes totalitaires, Hannah Arendt attire l’attention sur ce phénomène: « Il n’existe pas de pensée dangereuse pour la simple raison que le fait de penser est en lui-même une entreprise très dangereuse. Mais ne pas penser est encore plus dangereux. Ne pas réfléchir c’est plus dangereux encore. ». Les origines du totalitarisme, Paris, Gallimard (« Quarto »), 2005, p. 140.

(11) « Sous la direction du chef d’état-major, les militaires qui siègent au CNS définissent les grands axes de la politique turque. La moindre initiative du gouvernement islamiste est examinée lors des réunions du CNS. L’accès du gouvernement aux services de renseignement est limité. Quant au fonctionnement de l’Etat profond’ (l’organisation interne du secrétariat du CNS en fait partie), lui échappe totalement. Cette oligarchie militaire a mis en place un système complexe, géré par le secrétaire général du CNS ». Erol Özkoray, art. cit., p. 283.

(12) « Outre son poids politique, l’armée turque présente cinq autres caractéristiques : elle est politiquement irresponsable (le ministre de la Défense est soumis aux ordres non plus du premier ministre mais de l’état-major) ; la justice civile n’a pas compétence pour juger des crimes commis par des militaires (dans le cadre du procès Ergenekon des progrès ont été accomplis, notamment en matière de restriction de la compétence juridictionnelle des tribunaux militaires) ; elles est la seule institution qui échappe au contrôle de la Cour des comptes ; son budget ne peut être censuré par le gouvernement ; elle contrôle une bonne partie de l’économie turque par l’intermédiaire de sa holding Oyak (exempté d’impôts). ». Ibid., p. 284.

(13) Ergenekon est un endroit en Asie centrale où les Turcs vivaient. Selon la légende, un loup les sauve du désastre naturel en montrant le chemin et entrainant ainsi l’exode des Turcs vers l’ouest, l’Anatolie. Ergenekon et le loup sont les symboles du fascisme turc

(14) Décision du gouvernement concernant l’organisation, le fonctionnement et les activités du centre de crise (no : 96/8716), publiée dans le Journal officiel, numéro 22872 du 9 janvier 1997. En turc : « Basbakanlik Kriz Yönetim Merkezi Yönetmeligi ».

(15) Par ailleurs, le CNS mène depuis 27 ans une « guerre psychologique » contre la population turque qui subit les conséquences de cette politique autoritaire, sans que le gouvernement ne puisse exercer le moindre contrôle.

(16) Durant trois ans, entre 2001-2004, j’ai été conseiller en communication en Turquie, du ministre des affaires étrangères Georges Papandréou, dans le cadre de sa politique de rapprochement entre les deux pays.

(17) En turc : « Milli Güvenlik Siyaset Belgesi » (MGSB).

(18) L’Empire ottoman a été fondé en 1299. Selon une recherche récente du professeur Halil Inalcik, historien et grand spécialiste de
lÂ’histoire ottomane, cette date serait 1302.

(19) « ‘Nous n’avons pas de passé’, affirme Hitler, qui déplore que les archéologues SS s’obstinent à fouiller les bois de Germanie pour n’y exhumer que des mauvaises cruches. Le passé de la race qui doit remplir de fierté les Allemands, se trouve en Grèce et à Rome. Une réécriture de l’Histoire, qui annexe la Méditerranée à la race nordique, investit l’espace public : les discours de Führer, l’architecture néo-romaine, les nus néo-grecs, le cinéma et la presse diffusent un message qui ne reste pas circonscrit aux bibliothèques. Les peuples aryens de l’Antiquité peuvent dès lors servir d’inspiration et de modèle : quoi de mieux que Sparte pour construire une société et un homme nouveaux ? ». Johann Chapoutot, Le national-socialisme et l’Antiquité, Paris, Presses Universitaires de France, 2008.

(20) Les six faisceaux (républicanisme, nationalisme, étatisme, populisme, révolutionnarisme, laïcisme) sont tirés directement de la
Doctrine du fascisme de Benito Mussolini. En italien « fascismo » provient de « fascio » (faisceau des licteurs romains), l’emblème du parti fasciste.

(21) Les intellectuels turcs ont signé une pétition en 2007 contre ce parti fascisant, pour son renvoi de l’Internationale socialiste. De
peur d’affronter les attaques, CHP n’a pas participé en 2008 à la réunion à Athènes de l’Internationale socialiste présidée par Georges Papandréou. Son dossier de renvoi est toujours d’actualité.

(22) En turc : « Türkiyeli ». Ce qualificatif est identique à celui de « Français », qui appartient, est relatif à la France. « Il n’y a pas de race française, mais il y a une nation française » disait Aragon. Au début, l’idée de Mustafa Kemal était la même.

(23) La Turquie ressemble dans ce domaine à l’Italie et à l’Allemagne, qui ont réussi leur unité nationale très tardivement dans les années 1870. C’est la raison pour laquelle ils ont connu respectivement le fascisme et le nazisme.

(24) La même analyse est valable également pour l’Italie et l’Allemagne. L'inégalité de développement entre le nord et le sud en Italie (Mezzogiorno) et entre l’est et l’ouest en Allemagne, fait partie des sources des totalitarismes.

(25) Pour Taner Akçam, historien et spécialiste du problème arménien, « si l’extermination des Arméniens reste encore un tabou, c’est qu’elle appartient aux événements fondateurs de la jeune République ». Les génocides dans l’histoire, Manière de voir 76 (Le Monde Diplomatique), août-septembre 2004, p. 67.

(26) Depuis la naissance de la République, l’armée turque a mené 38 tentatives, réussies ou non, de coups d’Etat. En 1960, l’armée met fin au pouvoir du Parti démocrate qui gouvernait la Turquie depuis 1950. Les responsables de ce parti sont emprisonnés et le premier ministre Adnan Menderes est condamné à la pendaison, ainsi que deux de ses ministres (le ministre des Affaires étrangères Fatin Rüstü Zorlu et le ministre des Finances Hasan Polatkan)
au terme d’un procès qui a duré un an.

Le coup d’Etat de 1971 renverse le premier ministre Süleyman Demirel et la Constitution de 1962 est amendée dans un sens autoritaire. Lors du coup d’Etat du 12 septembre 1980, Demirel était également premier ministre. Il dira plus tard que face aux coups d’Etat, il n’avait qu’à « prendre son chapeau et partir ! » En comparaison au président chilien Salvodor Allende qui a résisté par les armes aux putschistes de Pinochet, la qualité des politiciens civils turcs laisse à désirer.

(27) Le bilan du coup dÂ’Etat du 12 septembre 1980 :

En deux ans, plus de 650.000 personnes ont été arrêtées et soumises à la torture ; des fichiers ont été ouverts sur 1.683.000 personnes ; 210.000 procès politiques ont été ouverts devant les cours militaires ; 98.404 personnes ont
été jugées en raison de leurs opinions ; 71.500 personnes ont été jugées sous les articles 141, 142 et 163 de l'ancien Code pénal ; 6.353 personnes ont été jugées sous la menace de la peine capitale ; 517 personnes ont été condamnées à la peine capitale ; 50 personnes ont été exécutées à l'issue des procès politiques ; 21.764 personnes ont été condamnées à de lourdes peines de prison ; 171 personnes ont perdu la vie sous la torture ; 299 personnes ont perdu la vie en prison en raison de mauvais traitements ou lors d’une grève de la faim ; 348.000 personnes se sont vues refuser l'obtention de passeports ; 30.000 personnes ont cherché l’asile politique à l'étranger ; 14.000 personnes ont été déchues de leur citoyenneté ; les universités ont été placées sous l'autorité du Conseil suprême de l'éducation (YÖK), dépendant du pouvoir politique ; 15.509 personnes ont été chassées de leurs postes universitaires sous la loi N°1402 ; 3.854 enseignants ont été licenciés ; tous les partis politiques ont été dissous ; les activités de 23.667 associations ont été arrêtées ; la presse a été soumise à la censure ; 4.509 personnes ont été déportées par les commandants de la loi martiale ; 937 films ont été interdits ; 2.792 auteurs, traducteurs et journalistes ont été traduits devant les tribunaux ; le total des peines de prison prononcées contre journalistes et écrivains s'élevait à 3.315 ans et 3 mois ; 31 journalistes ont été emprisonnés, des centaines de journalistes attaqués et trois abattus ; 113.607 livres ont été brûlés ; 39 tonnes de livres, de revues et de journaux ont été détruites par des usines de papier de l'Etat
(source : fondation Info-TĂĽrk en Belgique).

(28) Hitler est resté au pouvoir 12 (1933-1945) et Mussolini 23 années (1922-1945).

(29) Ce groupe détient près de 70% du tirage national et la totalité des circuits de distribution. Les principaux journaux de son patron Aydin Dogan sont: Hürriyet, Milliyet, Radikal, Vatan et Posta. Le groupe Dogan contrôle également trois chaines de télévisions les plus importantes : CNN Turquie, Kanal D et Star TV.

(30) Le premier lynchage de ce groupe me concernait. Il s’agit de mon témoignage en faveur de RSF à Paris, lors d’un procès ouvert par le chef d’état-major turc Hüseyin Kivrikoglu, qui s’est soldé par sa condamnation en 2003. Le lynchage du groupe commence avec ses journaux les plus importants (Hürriyet,Milliyet et Radikal) avec la mise-en-scène conjointe de l’état-major, mais je les arrête au bout de 10 jours en ouvrant au total 11 procès de diffamation dont 3 à Paris. Cette stratégie me sauva la vie. Le second lynchage commence en 2006 contre le journaliste arménien Hrant Dink, et s’est soldé par son assassinat en 2007. Le troisième lynchage vise l’écrivain Orthan Pamuk, qui sauve sa vie en émigrant aux Etats-Unis.

(31) Depuis 10 années je milite pour l’anéantissement de ce groupe, condition sine qua non pour la construction d’une vraie démocratie. Il
suffirait de voter la même loi qu’en France (la loi contre la concentration de la presse de 1984, appelée aussi la loi Mitterrand), qui a mis fin à l’empire Hersant.

(32) Certains juges appliquent l’article 26 de la constitution sur la liberté d’opinion et acquittent ainsi les prévenus. Par ce biais, ils contournent les lois barbares (comme l’article 301). Selon une recherche et un sondage d’opinion de la fondation TESEV, 25% des juges donnent la priorité aux droits des citoyens, tandis que pour le reste ce sont les intérêts d’Etat qui sont prioritaires. Personnellement, j’ai toujours essayé d’avoir un acquittement sur l’article 90, sans avoir réussi.

(33) La Turquie a connu quatre républiques. La Ière république est autoritaire (1923-1960), la IIe est libérale (1960-1971), la IIIe est militaire (1971-1980) et la IVe est totalitaire (1980- ).

(34) « Le plan de lutte contre l’islamisme » est le dernier travail sérieux de l’état-major qui prévoit un coup d’Etat (le 38è). Il est dévoilé en deux stades en octobre 2009 et au début de 2010, dans le cadre du procès Ergenekon. Le commanditaire de ce travail, dans le cadre de la hiérarchie
militaire, ne peut ĂŞtre que lÂ’actuel chef dÂ’Ă©tat-major Ilker Basbug.

(35) Dans la liste de corruption de 2008 de Transparency International (TI), dont le siège se trouve à Berlin, la Turquie figure en 58e position. Après le 57e rang pratiquement aucun pays n’est gouverné par une démocratie, à l’exception de la Roumanie (70e) et de la Bulgarie (72e) qui souffrent elles aussi de la corruption. La TI voit dans la corruption trois volets déterminants : achats d’armements, énergies et appels d’offres concernant les grandes constructions (barrages, autoroutes, immeubles publics, etc.).

(36) La laïcité aussi est dégénérée dans ce pays ; car au lieu d’une séparation de l’Etat et la religion, l’Etat contrôle par le biais de Diyanet (Affaires religieuses) toutes les activités religieuses du pays : il nomme les religieux, il contrôle les mosquées et le texte même de la prière de vendredi est rédigé à Ankara et diffusé à toutes les mosquées du pays. Diyanet compte 80.000 mosquées, 87.000 religieux qui ont un statut de fonctionnaire d’Etat et un budget colossal de 2,4 milliards de livres turques, soit 1,085 milliard d’euros. Nous sommes donc en face d’une pseudo-laïcité.

(37) Machiavel dans Le Prince (1532) saluait le « Grand Turc » qui est loyal, juste et tolérant, et qui est le seul prince tenant toujours sa parole même en cas de difficulté.

(38) Dans les rapports secrets des putschistes ce sujet est très clair. L’armée demande l’utilisation de tous les moyens de communication (il s’agit du groupe Dogan) pour diffuser l’idée selon laquelle l’UE n’acceptera jamais la Turquie comme membre à part entière.


MARS-AVRIL 2010
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