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Jack Lang, extraits de l'√©mission ¬ę Cartes sur Table ¬Ľ (samedi 14 f√©vrier 2009 sur AYP FM) :

Retrouvez l'enregistrement oral de ce texte

¬ę Vous √™tes assez avis√©s pour savoir que dans une conversation, en tout cas c'est une formule que j'emploie souvent moi-m√™me dans une conversation, ¬ę je suis donc coupable ¬Ľ, sous entendu √† vos yeux, et donc le ¬ę doublement coupable ¬Ľ c'est √† vos yeux, vous qui consid√©rez qu'il ne peut pas, qu'il ne peut jamais y avoir de r√©solution ou de loi m√©morielle. C'est le sens de mon propos, je n'ai aucun sentiment de culpabilit√© vis-√†-vis de l'acte que j'ai accompli et que je revendique : c'est moi et moi seul, excusez moi de le rappeler, qui d√©put√© √† l'Assembl√©e Nationale, Pr√©sident de la commission des Affaires Etrang√®res, ait pris l'initiative de faire voter une d√©claration sur la reconnaissance du g√©nocide arm√©nien. Et par ailleurs ce texte je l'ai fait voter donc ¬ę doublement ¬Ľ responsable d'avoir fait voter ce texte, voil√† l'explication, rien de plus, rien de moins.

Sauf exception, et le G√©nocide arm√©nien appartient √† ces exceptions, la Shoa aussi, quelques √©v√©nements monstrueux qui ont marqu√© le si√®cle pass√©, peut √™tre le si√®cle pr√©sent, sauf exception, je pense en effet que ce n'est pas le r√īle du l√©gislateur de proc√©der √† des proclamations de ce genre.
D'ailleurs j'ai fait introduire dans la nouvelle constitution fran√ßaise, ayant v√©cu de pr√®s ces sujets, la possibilit√© pour le Parlement d'√©dicter des r√©solutions, qui n'ont pas d'aspect normatif, et par cons√©quent d'ouvrir la possibilit√© au Parlement dans certains cas, sur des sujets divers pas n√©cessairement des sujets dramatiques, d'adopter des r√©solutions, c'est-√†-dire de pouvoir donner un point de vue sans effet normatif. [¬Ö] Et donc quand j'explique en m√™me temps, ¬ę je ne sais pas si aujourd'hui je voterais la m√™me chose ¬Ľ, aujourd'hui je sais que je ne ferais pas voter une loi mais une r√©solution en vertu de la nouvelle constitution fran√ßaise : √ßa aboutit au m√™me r√©sultat, simplement juridiquement c'est plus correct une r√©solution plut√īt qu'une loi.

Je me suis battu assez longtemps pour l'Arménie, pour la culture arménienne, pour la reconnaissance du génocide arménien aussi bien à Paris qu'à Bruxelles lorsque j'étais parlementaire européen et dans les débats sur l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne, j'ai dit et redit et je redis et je redis, qu'une des conditions sine qua none pour l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne c'est la reconnaissance du génocide arménien. […]

Puisque vous vous êtes favorables, à cette deuxième loi, […] pourquoi est ce que vous ne mettez pas la même énergie, combattivité, à vous adresser à mesdames et messieurs les sénateurs de la république, qui pour l'heure refusent de donner effet à cette deuxième loi et ne l'ont pas ainsi à leur ordre du jour et du coup ne la votent pas. Voilà un point extrêmement important.

Deuxièmement ce qui me parait important, et je n'ai pas manqué de le faire depuis des années, c'est essayer de faire bouger le sentiment en Turquie.
Je ne sais pas s'il y a une vid√©o de ce discours que j'ai pu faire devant des √©tudiants et des professeurs turcs √† Istanbul √† l'invitation de l'√©crivain Yachar K√©mal, je leur ai dit, √† l'√©poque c'√©tait il y a trois ans ce n'√©tait pas facile √† exprimer clairement, ¬ę vous avez le devoir de faire reconnaitre par les instances turques, par vous-m√™me, ce g√©nocide qui a √©t√© commis par le peuple turc ¬Ľ et j'ai moi-m√™me encourag√© des rencontres, c'est tr√®s important d'essayer de convaincre, entre intellectuels et historiens turcs et arm√©niens.
Des amis écrivains turcs, comme Yachar Kemal mais aussi Oran Pamuk, ont reconnu, affirmé la honte du génocide arménien et je crois que c'est un point important.

Il s'agit moins de convaincre ici que de convaincre là-bas en Turquie que la place de la Turquie dans la communauté internationale ne pourra pas changer si ce geste n'est pas accompli clairement par le peuple turc. Moi je considère que dans ce domaine il vaut mieux expliquer et convaincre. Bien sur il y a des sectes négationnistes en Turquie et elles sont gigantesques, et d'ailleurs ce n'est pas parce qu'il y aurait une loi qui criminaliserait le négationnisme vis-à-vis des massacres, du génocide arménien qui serait adoptée en France que les sectes ou les associations ou le gouvernement turc seraient impressionnés, ils seraient même, pas encouragés mais, ils auraient tendance à se crisper un peu plus.
Pour moi, si on pense sincèrement, et c'est ma pensée, que la vérité doit être rétablie et reconnue, alors il faut concentrer son énergie, sa capacité de conviction, de persuasion, son influence sur l'action de conviction et de persuasion notamment vis-à-vis du peuple turc.

D'abord j'ai pour ces négationnistes la même répulsion la même horreur et sentiment de révolte que celui que vous exprimez, pour l'heure, je vous parle très franchement, et je ne peux pas raconter des choses que je ne pense pas et je regrette que le débat que nous avons eu à Blois ait été partiellement retransmis et son contexte oublié, en tout cas, rien ne fera changer d'avis sur le sentiment qui est le mien, la conviction qui est la mienne sur le génocide arménien.

Simplement, je ne crois pas qu'aujourd'hui on peut faire reculer le n√©gationnisme et le plus grave n√©gationnisme se trouve quand m√™me principalement en Turquie, pas seulement, uniquement par des lois et des lois ext√©rieures, mais par un travail de conqu√™te des esprits, d'explications, d'informations et √©ventuellement aussi par la pression diplomatique. L'arme est lourde et forte et efficace : s'il est dit clairement, (c'est un point important √† rappeler sans cesse, car je ne suis pas sur que chemin faisant, dans les n√©gociations avec la Turquie, l'on n'oublie pas cette question), si en permanence on dit au gouvernement turc, ¬ę de toutes fa√ßons m√™me si vous remplissez toutes les conditions que nous posons, politiques √©conomiques, pour l'entr√©e de la Turquie dans l'Union Europ√©enne, il est un point sur lequel il n'y aura aucun transaction d'aucune sorte, c'est la reconnaissance par la Turquie du g√©nocide arm√©nien ¬Ľ, c'est autrement efficace je le crois que toute loi de criminalisation.

Mon opposition à cette loi de criminalisation n'est pas une opposition théologique, s'il advient qu'un jour qu'elle soit adoptée par le Sénat, et je reviens à la France maintenant, si véritablement ceux qui sont pour la pénalisation du négationnisme pensent que c'est un combat prioritaire, à ce moment là il faut absolument convaincre le sénat français de voter la loi qui a été adoptée en première lecture par l'assemblée nationale.

Autant je vous redis ma position de fond sur le génocide arménien, et je déplore que cet extrait ait pu laisser entendre que j'ai renoncé à mes convictions ce qui est moins que jamais le cas, autant je suis en interrogation (NDRL, sur la criminalisation) je vous le dis franchement, parlons en, discutons en.

Pour moi, le combat prioritaire il est vis-à-vis de la Turquie. Il y a deux types de combat à mener, d'un coté, premièrement que les Etats, les gouvernements notamment celui de la France, disent et redisent qu'en aucune manière la Turquie ne pourra être acceptée parmi les membres de l'UE s'il n'y a pas cette reconnaissance du génocide arménien ; deuxièmement, c'est aussi important, il faut aussi qu'on essaye de toucher le peuple turc lui-même à travers les élites, les intellectuels.

Quoi qu'on ait pu dire, je suis un ami de la culture arménienne, je suis un combattant de la cause de la reconnaissance du génocide arménien, je ne cherche pas à plaire ou à déplaire, c'est ma conviction et à Paris, à Strasbourg ou ailleurs, chaque fois que j'ai pu agir j'ai agi et je pense qu'il faut continuer à agir, et mon obsession, je vous le répète pardon d'insister, c'est de faire bouger très profondément les choses du coté et du gouvernement turc et du peuple turc. Je continuerai quoi qu'on dise à me battre pour la cause que vous soutenez. Ma seule interrogation elle porte sur… et en même temps c'est une interrogation théorique car pour le moment la loi a été voté par l'Assemblée Nationale, les socialistes étaient divisés sur ce sujet, certains étaient pour d'autres étaient contre, et puis il faut peut être que vous saisissiez plus officiellement le nouveau président du Sénat, Monsieur Larcher, et on peut s'étonner quand même que la Conférence des Présidents au sein du Sénat, ne donne pas l'occasion au Sénat de débattre et de se prononcer sur cette loi. […]

Mon tribunal personnel, c'est ma conscience, ma boussole, c'est ma conscience, et il m'est arriv√© dans la vie de d√©fendre des opinions minoritaires, sur beaucoup de sujets, aujourd'hui quand je rencontre des turcs de toutes ob√©diences je leur dis ce que je pense, je ne cherche pas √† plaire ou √† d√©plaire mais √† d√©fendre les id√©es auxquelles je crois, et je pense qu'il faut absolument que le jour vienne le plus vite possible qui permette de rendre justice au peuple arm√©nien et o√Ļ dans la pl√©nitude de la clart√© la monstruosit√© du g√©nocide arm√©nien soit dite et reconnue et notamment par le gouvernement tuc et le peuple turc. ¬Ľ

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