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Cette visite du président turc, constitue-t-elle, pour autant, le gage d’une réconciliation à venir ?

Par Jules Boyadjian, Porte-parole de la Nouvelle Génération Arménienne


En honorant l’invitation du président de la République d’Arménie, Abdullah Gül a donné une dimension politique à la rencontre de football de samedi comptant pour les qualifications du Mondial 2010. Une dimension politique à laquelle s’ajoute un caractère historique, c’est indéniable. Aucune rencontre de cette envergure entre les présidents turc et arménien n’avaient jamais eu lieu depuis l’indépendance de la République d’Arménie, en 1991. Cette visite du président turc, constitue-t-elle, pour autant, le gage d’une réconciliation à venir ? Rien n’est moins sûr. Par-delà ce réchauffement apparent et cette attraction surprenante entre les présidents Gül et Sarkissian, demeure la pesanteur d’un blocus économique imposé unilatéralement par la Turquie en 1993 et menaçant la pérennité de la jeune République d’Arménie. Et comment oublier ce négationnisme bientôt centenaire exporté partout où des voix s’élèvent pour faire reconnaître la réalité de 1915 ?

Pourtant, tout le monde s’accorde sur la nécessité de trouver une résolution à la question arménienne entraînant une pacification des relations arméno-turques. Alors que faire ? Du débat, des rencontres diplomatiques et la mise en œuvre d’un processus politique, le tout dans une optique humaniste et un cadre intergouvernemental avec comme base, la reconnaissance inconditionnée du génocide arménien de 1915. Un élément incontournable qui, s’il était éludé, signifierait indubitablement l’échec de ce processus. Il est question de fraternité, d’authentique réconciliation, elle ne peut donc se forger sur le déni d’un crime de génocide.

Sans compter qu’il s’agirait alors de la victoire pure et simple d’un négationnisme, une éventualité qui ne saurait être acceptable ni acceptée par l’Etat arménien et sa diaspora. Une diaspora qui, constatant le peu d’allant des autorités turques à progresser sur cette question éminemment importante, reste dubitative à l’égard de ce rapprochement du 6 septembre.

Pour éviter de réduire cette rencontre à une simple opération de communication, ou pis encore, à un signe contradictoire au regard de la situation politique actuelle, il faudra que les autorités turques aient un geste fort témoignant de leur sincérité. Depuis trop longtemps, les Arméniens ont eu à subir les effets de promesses déchues. Et les alternatives du président turc sont nombreuses : levée du blocus, suspension des pressions contre les Etats désireux de reconnaître le crime de 1915 (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Allemagne), ou bien purement et simplement, reconnaissance du génocide avec toutes les conséquences qui en résultent. Autant d’opportunités qu’il devra saisir, s’il veut donner de réelles perspectives d’avenir à cette rencontre politico-sportive.

Ce processus nécessitera autant d’honnêteté que de courage. Il exigera également la participation des instances internationales, de l’Europe, de la France et de bien d’autres encore. Tout porte à croire que le moindre laxisme de leur part serait préjudiciable de même qu’un traitement strictement bilatéral de la question. Le pacifisme étant l’ultime objectif de ce processus, il ne saurait être mis en œuvre hors des limites du droit et requiert donc une médiation internationale.

Des observateurs internationaux qui, outre leur allégeance à la fraternité, à l’humanisme et à la solidarité envers les peuples ébranlés, ont tout intérêt à une stabilité de la région. Nous avons vu, durant l’été, combien la poudrière du Caucase pouvait être nocive à l’équilibre du monde. Et dans ce carrefour des civilisations européennes, moyen-orientales et russes, force nous est de constater que les alliances, divergences et oppositions s’organisent autour de ce double blocus imposé par la Turquie et ses alliés azéris, sur la République d’Arménie.

C’est pourquoi, nous devons attendre beaucoup plus qu’une simple entrevue diplomatique au détour d’une rencontre sportive. Tout en gardant en mémoire que la résolution de ce conflit par la voie de la démocratie, celle de la reconnaissance et de la réparation du génocide arménien, est fondamentale dans une perspective de paix et de prospérité mondiale.

 
 
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