Lettre ouverte au CCAF : La lutte contre le négationnisme est universelle.
« Le Droit est la Raison universelle » PORTALIS
Monsieur le Président,
En réponse à votre appel au rassemblement du 18 Mai 2010
prochain, devant le Palais du Luxembourg, à Paris, j'ai l'honneur de vous faire
part des observations suivantes :
Le Génocide Arménien, en tant que crime contre l'humanité, relève du JUS COGENS
( droit contraignant ). C'est dire que la mémoire des 1 500 000 victimes de ce
génocide perpétré par l'Etat turc et solennellement reconnu par la France au
moyen de la norme suprême ( loi n°2001-70 du 29 Janvier 2001 ) doit être
respectée et protégée par la Puissance publique au même titre que celle des
victimes des autres crimes contre l'humanité: l'un ne peut être effectivement
protégé que si le tout est a priori protégé ( « La transcendance dans
l'immanence », dit HUSSERL ). C'est la définition même de l'universalisme qui
récuse nécessairement le communautarisme.
C'est, au demeurant, cette voie que l'Union européenne a décidé de suivre en
arrêtant la Décision-Cadre 2008/913/JAI du 28 Novembre 2008 sur la lutte contre
certaines formes et manifestations de racisme et de xénophobie au moyen du droit
pénal ( 1 ), dont la transposition, avant le 28
Novembre 2010, est imposée notamment en France à la fois par le droit de l'Union
européenne et notre droit constitutionnel, à peine d'engager la responsabilité
extra-contractuelle de l'Etat devant les juridictions françaises.
Ainsi, pour légitime qu'elle soit, la proposition de loi votée par l'Assemblée
Nationale le 12 Octobre 2006 et transmise au Sénat - qui ne l'a toujours pas
inscrite à son ordre du jour -, ne répond pas à l'exigence d'universalisme en ce
qu'elle ne concerne que le Génocide Arménien, comme la loi Gayssot ne concerne
que les crimes nazis. Or, la France reconnaît, aussi, l'esclavage et la traite
comme crime contre l'humanité ( loi n°2001-434 du 21 Mai 2001 ).
La réunion du 18 Mai 2010 devra donc être l'occasion de permettre à nos
Parlementaires – que j'ai saisis de cette problématique dès le 24 Avril 2009 (
2 ) – d'agir en application de l'article 39, alinéa
1er de la Constitution du 04 Octobre 1958 ( initiative concurrente des lois )
dans le but de transposer la décision-cadre précitée.
En effet, Monsieur le Premier ministre à qui Monsieur Michel VAUZELLE, Président
de la Région PACA, ancien Garde des Sceaux et Député des Bouches-du-Rhône, a
posé, au vu de ma proposition de loi du 24 Avril 2009, une question écrite
publiée au Journal Officiel du 04 Août 2009, n'a pas dit, à ce jour, quelles
étaient les intentions du Gouvernement à cet égard.
On se souvient, de surcroît, notamment depuis le vote du 07 Novembre 2000, que
l'article 30 du Règlement du Sénat permet la discussion immédiate d'une
proposition de loi si la demande est signée par trente Sénateurs, soit moins du
dixième des trois cent quarante-trois membres du Sénat. Mais à grand pouvoir,
grand devoir: la Haute assemblée qui s'est dotée d'un puissant outil
d'initiative parlementaire qu'elle sait utiliser, doit l'utiliser quant une
raison impérieuse d'intérêt général – en l'occurrence, il s'agit même d'un
intérêt supérieur de civilisation – le commande.
Pourquoi, dès lors, persister à rester dans l'impasse du communautarisme, quand
une large perspective d'avenir porteuse de progrès humain s'ouvre à nous?
Qu'auraient donc à gagner la communauté arménienne, les autres communautés plus
particulièrement concernées par les crimes contre l'humanité et la France, à
continuer à se fermer sur elles-mêmes et à faire abstraction de la
décision-cadre du 28 Novembre 2008, qui, faut-il y insister, lie juridiquement
les vingt-sept Etats membres de l'Union européenne?
Sauf à sombrer dans le cynisme de la realpolitik dont s'abreuvent jusqu'à plus
soif les naufrageurs des droits fondamentaux et qui fait de l'homme un loup pour
l'homme ou dans la misologie ennemie de la Raison des Lumières, quand seul le
Droit garantit la dignité humaine, aucune réponse sérieuse ne peut être apportée
à cette question de fond troublante.
Sachons-donc, hic et nunc, en tirer les conséquences politiques et juridiques.
Foin du communautarisme et du repli identitaire, menons résolument la lutte
universelle contre le négationnisme !
Marseille, le 06 Mai 2010
Philippe KRIKORIAN,
Avocat au Barreau de Marseille,
50, Rue de Rome – BP 60005
13484 MARSEILLE CEDEX 20
Tél. 04 91 55 67 77 – Fax 04 91 33 46 76
Courriel
Philippe.KRIKORIAN@wanadoo.fr
Site Internet
http://www.philippekrikorian-avocat.fr
NOTES
1.Décision- cadre que j'ai eu l'occasion de commenter
dans les colonnes des magazines France-Arménie ( Novembre 2009-1 ) et Nouvelles
d'Arménie ( interview par M. Grégoire ARMIZAYAN publiée sur le site armenews ),
ainsi que sur mon site internet www.philippekrikorian-avocat.fr
2.Proposition de loi tendant à la transposition de la
Décision-Cadre 2008/913/JAI du 28 Novembre 2008 sur la lutte contre certaines
formes et manifestations de racisme et de xénophobie au moyen du droit pénal
publiée sur le site internet www.philippekrikorian-avocat.fr