Négationnisme : traçabilité et procès***
Les Arméniens – Diaspora ou Arménie - retiennent leur souffle.
Enfin le bilan des rencontres bilatérales et multilatérales arméno-turques sous
haute médiation suisse, suivies de la visite et du discours du Président Obama,
à Istanbul, le 24 avril, qualifiant le génocide de medz Yeghern – pour le mieux
ou pour le pire, parole non tenue ou jonglage sémantique ?
Désormais, une feuille de route vide et plutôt procédurale, au-delà de condition
préalable à l’ouverture des frontières. Retour à la proposition d’établir un
comité d’experts-historiens chargé des événements de 1915-18, ainsi que la
poursuite des négociations, y compris sur le Karabakh. Les Daschnaks se
désolidarisent du gouvernement arménien tandis que la Turquie engrange des
points. Et ça continue…
La conférence Durban-II contre le racisme, la discrimination raciale, la
xénophobie et l’intolérance qui y est associée, se réunit à Genève. Conférence
d’examen de la Déclaration et du Plan d’action adoptés à Durban en 2001, dont la
légitimité est mise en question, notamment par le discours très controversé du
président iranien, Ahmadinejad, sauvée, in extremis, par l’adoption d’un
document final réconciliant les sensibilités divergentes. Invité sur le podium à
haut niveau, <b>le Vice-ministre des affaires étrangères de la République
d’Arménie, Arman Kirakossian,</b> venu combler le vide laissé par Z.
Mnatsakanian, autrefois vice président du Comité préparatoire de Durban-II.
Dans un bref entretien A. Kirakossian déplore l’indifférence de la diaspora
vis-à-vis de la R.A. en situation de précarité aggravée par la crise économique
globale et le manque de partenaires sûrs dans la région en vue de son
développement. Enclavée, sans ressources comparables à celles de ses voisins
redoutables, le budget ponctionné par le maintien d’une armée en alerte, le
Vice-ministre souhaite de la part de la diaspora des actes concrets et non pas
des textes et des paroles. Le scénario d’un peuple le dos au mur, extenué par
l’exode de sa population, poussé à des compromis et à des négociations
contraignantes en l’absence de soutien économique et, plus encore, politique
dans son combat contre le blocus turco-azéri et le négationnisme.
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Extraits de l’intervention de M. ARMAN KIRAKOSSIAN (communiqué de presse de
l’ONU 21/04/2009 après-midi, réf : RC9/6) «…Le génocide est la manifestation
extrême de la discrimination raciale … au nom d'une nation qui a souffert du
premier génocide du XX siècle ayant fait environ un million et demi de victimes
dont les séquelles sont encore présentes aujourd’hui… le 24 avril, jour de la
commémoration du génocide … l’écho encore plus fort de cette tragédie pour que
de tels crimes ne soient jamais oubliés … (condamnant) l'impunité pour ces
crimes… (exhortant) les États à la combattre puisque l'impunité mène à la
répétition … L'approche de la communauté internationale (étant) insuffisante
dans ce domaine … Le déni du génocide … qualifié de pire manifestation de
l'impunité et du négationnisme. Il faudrait du courage pour reconnaître que
l'indifférence et le silence de la communauté internationale ont contribué à la
perpétration de ces actes et ont rendu ses membres complices... Au moment où
elle exprime son intolérance face au racisme et la discrimination raciale …
n’affirme pas sa position contre le déni et le négationnisme… » </font></i>
En rebondissant sur la cause arménienne devant la communauté internationale, M.
Kirakossian souligne, comme ses prédécesseurs, les impasses géostratégiques de
son pays face aux pouvoirs grandissants des régimes turc et azéri.
Aujourd’hui ne peut-on pas prendre un autre tangent dans les discours arméniens
dominants ? En ajoutant aux évidences/preuves » du génocide arménien celles du
négationnisme ? Multiforme et rampant, actuellement il gagne du terrain en
rendant la thèse du génocide obsolète. Une étude chronologique et bien
documentée avec une traçabilité certaine quand à ses manifestations les plus
rocambolesques !
Ni feuilles de route, ni rencontres à haut niveau, ni engagement de la société
civile – pétitions, repentir, pardon, débats médiatiques et historiens, voire
même une reconnaissance élargie – ne serviraient autant la cause arménienne que
sa délivrance du négationnisme. Des « révélations » d’un autre type venant
grossir le dossier arménien à être portées à la connaissance et à l’évaluation
des experts indépendants de droit pénal international. En vue de l’ouverture
d’un procès devant une cour internationale d’arbitrage, voire un tribunal
international.
Quelque que soit l’angle d’approche, impossible d’être en même temps victime et
juge, inversement, bourreau et juge. Le recours à une tierce partie s’avère donc
indispensable. En l’extirpant de son pathos identitaire et historique (arménien,
turc ou autres), il serait temps de reconstituer la cause arménienne dans un
cadre exclusivement juridique – neutre et distancié, légal et impartial –
présidé par des juristes experts hautement qualifiés ayant mandat et autorité de
délibérer et de juger des litiges entre état et état, voire état et personne, en
application des instruments internationaux. Même en l’absence de jurisprudence.
En vertu des principes universellement reconnus, le génocide, l’impunité et
négationnisme sont des crimes contre l’humanité. Si la Convention du génocide
est imprescriptible et, inversement, la Cour pénale internationale non
rétroactive, des cas d’exception sont envisageables. Le destin de l’Arménie et
de ses voisins du Sud Caucase se joue à ce croisement majeur entre l’escamotage
définitif du passée et un procès qui aboutirait au rééquilibrage des donnes.
Le jugement final fera appel à des sanctions. A savoir, les dispositifs de
reconnaissance, de réconciliation, de réparation, de restitution,
d’indemnisation, etc., leur exécution étant obligatoire sous mandat
international. Ainsi, des négociations traitées dans un contexte totalement
différent, constitueraient un atout majeur pour régler, entre autres et
prioritairement, le « conflit gelé » de Karabakh en exigeant la restitution des
terres arméniennes contre toute autre réclamation. Une voie de sortie royale
pour les parties concernées – hors d’une vilaine dramaturgie.