Que représente la diaspora arménienne ?

Les articles parus dans la presse font mention de la représentativité des Arméniens de la diaspora. Les Arméniens disposent-ils d’une certaine notoriété pour être considérés comme tels ? La diaspora a un contentieux avec la Turquie qui date de près d’un siècle ; ce contentieux repose sur la reconnaissance du génocide des Arméniens de 1915 et les réparations aux Arméniens dont les parents furent déportés, spoliés et massacrés sur leur terre natale.

En tenant compte de la structure de la diaspora, il n’y a guère de chance que les Arméniens remportent la palme de la réussite immédiate. Il ne faut pas se leurrer avec le vote favorable de la reconnaissance du génocide des Arméniens par la sous-commission des Affaires Étrangères de la Chambre des Représentants des États-Unis ou même la reconnaissance de ce génocide par un autre pays d’Europe. De tels actes séduisent grand nombre d’Arméniens, mais cela est insignifiant pour combler les attentes arméniennes.

L’Europe et les États-Unis d’Amérique en particulier ont apporté une aide financière, économique et militaire à la Turquie. Ces investissements ont transformé la Turquie de façon radicale en un pays riche qui fait partie du G 20, les 20 pays les plus riches du monde. Actuellement, la Turquie s’illustre avec un bond en avant économique et industriel sans précédent. Elle fait une campagne tout azimut dans les pays arabes ; et, en sa qualité de pays musulman mais non arabe, elle fait partie de la Ligue arabe.

Elle est présente en Bosnie-Herzégovine, au Kosovo, en Afghanistan, au Liban ; et depuis 1974, elle occupe militairement le Nord du Chypre. Elle bombarde les positions des Kurdes en Irak, et se présente comme médiateur entre Syrie et Israël, qui depuis 1967 occupe le Golan appartenant à la Syrie. La Turquie se pose en médiateur entre les Palestiniens et Israël. Il ne faut pas oublier non plus que la Turquie a mis 770 000 Km² de son espace aérien à la disposition d’Israël pour effectuer des manœuvres militaires. La Turquie loue une bande de terrain à Incirlik, que les États-Unis d’Amérique utilisent comme base militaire pour leurs actions au Moyen-Orient.

Afin d’assurer l’entrée de la Turquie en Europe, l’Union européenne n’a-t-elle pas octroyé à la Turquie une somme de 6 milliards d’Euros pour que ce pays se modernise d’une façon à ce que ses normes soit conformes aux normes des États européens ? Il est bien évident que dans un délai assez court un pays peut changer sa structure socio-économique mais modifier ses mœurs et ses coutumes demandera des siècles. L’UE est elle disposée à financer ce pays aussi longtemps ?

Vu la position de la Turquie par rapport de l’Arménie, il est clair que dans ce bas monde où les intérêts priment le poids de l’Arménie ne pèsera pas bien lourd dans la balance. Avec les pays dont les intérêts se conjuguent directement avec les revendications arméniennes, les Arméniens peuvent nourrir un espoir pour le succès de leurs revendications. Dans le cas contraire, les Arméniens éprouveront un soulagement en implorant compassion du ciel lorsqu’ils allumeront une bougie dans l’église. Quoiqu’il en soit, il ne faut jamais perdre l’espoir, car la politique est sujette aux imprévus. Qui pouvait imaginer qu’un colosse comme la Russie Soviétique ayant écrasé l’Allemagne nazie allait se désintégrer au bout de 70 ans d’existence ? Qui pouvait imaginer que les États-Unis d’Amérique qui avaient comme chasse gardée les États d’Amérique du Sud pouvaient perdre ce privilège ?

La Turquie actuelle est comme une marmite bouillante ; si la soupape de sécurité ne fonctionne pas correctement, on peut s’attendre beaucoup d’imprévus dans ce pays. En tout les cas, les Arméniens de la diaspora doivent s’armer de patience et rester toujours mobilisés pour affronter intelligemment les événements qui peuvent surgir d’une façon impromptue.
 

Nersès DURMAN
Paris – Mars 2010
www.armen-progres.com