LETTRE OUVERTE À AHMET DAVUTOGLU

Le protocole signé sans condition préalable entre les autorités arméniennes et turques le 10/10/2009 à Zurich a pour objet d’améliorer les relations entre les deux pays afin d’établir des relations diplomatiques et permettre à l’ouverture des frontières.

Ce protocole a suscité des réactions mitigées de part et d’autre. Les plus satisfaits sont les milieux d’affaires qui envisagent des profits substantiels sur les plans économique, commercial ou militaire. Héritière d’une longue tradition diplomatique, la Turquie, issue l’Empire ottoman, a toujours su manœuvrer au mieux de ses intérêts. Cet Empire n’avait‐il pas envahi des contrées entières et asservi leurs populations pour s’étendre de l’Afrique du Nord à la péninsule arabique et même jusqu’au cœur de l’Europe ? L’assimilation forcée des peuples soumis n’a‐t‐elle pas contribué donner un sang neuf à la population de l’Empire. Les gouvernants de la Turquie actuelle ne sont‐ils pas le produit de ses métissages?

Les Turcs ont conquis l’Arménie, un pays plusieurs fois millénaire. Cette occupation s’est prolongée par les massacres et les déportations massives des populations arméniennes notamment en 1894‐1896; le coup de grâce fut donné en 1915‐17. Ces actes criminels furent condamnés par la France, l’Angleterre et la Russie en mai 1915. En 1987, le Parlement Européen a reconnu ce crime comme un génocide perpétré contre la nation arménienne. La République de Turquie a été fondée en 1923 par Mustafa Kemal Atatürk. Depuis cette date les livres d’histoire édités en Turquie faisaient‐ils une quelconque allusion à l’Arménie dont les Royaumes successifs existèrent en Asie Mineure, aujourd’hui appelée Anatolie? Aucune ! Par contre, ces mêmes livres citaient Sumériens, Hittites, Hourrites ou Égyptiens. Hormis les Égyptiens tous les autres peuples ont disparu dans les abysses de l’histoire. Il est bien évident que l’éradication et la disparition de la nation arménienne étaient programmées. Aujourd’hui, la Turquie change; elle signe des accords bilatéraux avec ses voisins, encouragée en ce sens par les grandes puissances qui encensent ses efforts. L’inquiétude de la Turquie vient de la diaspora arménienne. C’est la raison pour laquelle elle incite le gouvernement d’Arménie à mettre au pas les Arméniens de la diaspora. La Turquie doit comprendre que l’Arménie n’est en aucun cas habilitée à donner des instructions à la diaspora, et de la même façon la diaspora n’a pas le droit de dicter sa politique à l’Arménie. La diaspora arménienne s’est constituée après les massacres des Arméniens de 1915 avec les enfants et les petits‐enfants des survivants, dispersés aux quatre coins du monde.

Plusieurs États ont reconnu le génocide des Arméniens. L’État turc connaît cette réalité, mais il doit la faire partager à son peuple, soit 70 millions de ses concitoyens qui ont été maintenus jusqu’ici dans l’ignorance. La diaspora arménienne est une entité bien organisée. Aucune institution étatique ou autre ne peut lui imposer sa ligne de conduite. Son action est basée sur le droit et les valeurs historiques. La Turquie doit admettre la réalité historique de ces événements. Ainsi, recourir aux analyses de chercheurs ou d’historiens est tout à fait absurde et offensant pour la dignité humaine. Les institutions d’État et d’éminents historiens ont confirmé le caractère génocidaire de ces événements. Plus longtemps la Turquie s’obstinera dans un esprit négationniste en utilisant des moyens de recours tendancieux, plus forte sera la réaction exacerbée des enfants d’un peuple génocidé que forme la diaspora arménienne. Tôt ou tard, la vérité triomphera et les oracles mensongers seront tus à jamais. Un proverbe turc dit: Yalancinin mumu yatsiya kadar yanar; cela signifie « La bougie du menteur ne brûle que l’espace de l’heure du coucher.»

Nersès Durman

Paris novembre 2009

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