L’ARMÉNIE EST-ELLE UN ÉTAT SOUVERAIN ?

Grâce à sa situation géopolitique, la Turquie qui n’a pas reconnu le génocide des Arméniens de 1915 porte sur son dos un lourd fardeau historique. Ce pays use d’une diplomatie dont la subtilité a été acquise au fil de six siècles de souveraineté nationale. Les subventions et autres aides financières consenties par les Institutions Internationales et Européennes lui ont permis d’assurer son développement économique et industriel, en lui offrant la possibilité de se hisser au rang des pays les plus riches du Monde.

Au mois de décembre 2007, lors d’une manifestation organisée à Bruxelles, un des intervenants scandait haut et fort « qu’on allait mettre à genou la Turquie.»
On ne peut qu’être troublé en entendant ces propos.

Pour les pays industrialisés, la principale préoccupation est la fourniture d’énergie. Les plus importantes ressources énergétiques sont localisées en Russie et dans les ex‐Républiques soviétiques. Afin d’acheminer le gaz et le pétrole vers l’Europe, il faut utiliser des pipelines qui traversent des régions dont l’équilibre devrait être stable. La guerre de 2008 entre la Russie et la Géorgie a suscité une certaine inquiétude au sein des consortiums pétroliers.
Pays stable, l’Arménie s’appuie sur une population très homogène. Les désordres provoqués et probablement fomentés par des forces extérieures et irresponsables lors des élections Présidentielles de 2008 n’ont pas engendré le chaos escompté, l’ordre ayant pu s’imposer.

Les États-Unis et l’Union Européenne n’ont-ils pas exercé une pression aussi bien sur la Turquie que sur l’Arménie pour qu’elles se mettent autour d’une table de négociations en vue d’établir des relations diplomatiques et d’assurer l’ouverture des frontières ? Le protocole fut signé à Genève entre les représentants de la Turquie et de l’Arménie. D’après le contenu de ce protocole, il n’y aurait aucun préalable pour entamer les pourparlers entre les deux pays.

La Diaspora a-t-elle son mot à dire concernant ce protocole ?

La Diaspora n’est pas habilitée à s’immiscer dans les affaires d’État de l’Arménie. Les institutions diasporiques sont libres d’avoir leur opinion concernant cet accord.

Les Arméniens de la Diaspora qui vivent dans des pays de droit et démocratiques en sont les citoyens à part entière. Ils ont le droit de voter et de se porter candidats aux élections dans les institutions politiques, syndicales et économiques, entre autres. Par leur présence dans ces organisations, les Arméniens de la Diaspora peuvent jouer un rôle beaucoup plus efficace qu’en se cantonnant dans un repli communautaire en scandant sans arrêt les mêmes slogans. C’est la raison pour laquelle nous considérons que les partis politiques Arméniens de la Diaspora doivent retourner en Arménie.

Les Arméniens de chaque pays seront réunis en conseil, comme cela avait été proposé il y a plus de quatre ans sous le titre « POUR UN CONSEIL SUPÉRIEUR ARMÉNIEN ATTENTIF », que certains journaux de la Diaspora ont fait paraître dans leurs éditions sans qu’il y ait la moindre réaction.

Arrivés en Europe un demi-siècle après des Arméniens, les Turcs se sont particulièrement bien intégrés dans les pays de l’Union européenne, aidés en cela par l’État Turc suite à un plan minutieusement préparé. Il s’agissait en effet de pouvoir contrecarrer les actions de la diaspora arménienne et d’assurer une mainmise sur les institutions nationales en y occupant des postes clés.

Pendant ce temps-là que font les Arméniens de la Diaspora ? Ils se disputent pour occuper la place de président de telle ou telle association ou organisation arménienne. Ils s’entretuent même dans d’autres pays pour renforcer la représentation de tel ou tel parti dans le gouvernement. L’individualisme suicidaire et l’appropriation des institutions par une faction sectaire d’un parti politique rend tout à fait stérile l’action de la Diaspora.

Qui se souvient des rumeurs relatives à la formation d’un Gouvernement de la Diaspora ? Le 27 mai 2009, un certain T. Hamam AMATUNI avait lancé cette idée. Une proposition tout à fait abjecte à faire dresser les cheveux sur la tête. Un projet similaire n’avait-il pas présenté à l’époque lors de la création du CCAF ? En effet, les statuts proposés pour ce projet s’apparentaient à une Constitution étatique. Le MAFP, l’un des membres fondateur du CCAF, s’était opposé à la l’adoption d’un tel statut.

Connaissant la source de ces propositions, nous nous opposons fermement à la formation d’un gouvernement arménien bis dans la diaspora ; ce pseudo gouvernement arménien ne pourra que créer des difficultés à l’État Arménien dans ses actions. De même, il pourrait être le jouet d’intérêts extérieurs visant à nuire à l’État souverain d’Arménie.
Il faut donc plus que jamais que les Arméniens de la diaspora :
  * fassent preuve de la plus grande vigilance,
  * refusent de chercher à tout prix un pouvoir illusoire,
  * et continuent à travailler aux côtés de l’Arménie sans lui dicter sa politique, tout en restant dans le cadre des institutions de chaque pays où ils sont établis.

C’est seulement ainsi que la diaspora pourra apporter un soutien efficace à la cause arménienne.

Nersès DURMAN
Paris, Septembre 2009
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