
Une chaire spéciale pour la Turquie ?Le président de BNP
PARIBAS, M. Pierre Mariani aurait accordé aux journalistes turcs une
interview dans laquelle il serait question de la création d’une chaire
spéciale pour la Turquie au sein de l’Institution des Etudes Politiques.
D’après M. Mariani, les Français ne connaîtraient pas bien la Turquie et
réduiraient ce pays à l’image d’un persécuteur du pauvre peuple kurde.
Informé de la proposition de M. Pierre Mariani, le Premier ministre
turc, M. Erdogan lui aurait manifesté sa gratitude d’autant que BNP
PARIBAS participerait au budget de financement de cette chaire.
M. J. De Larosière, conseiller d’administration de BNP PARIBAS
appuierait fortement cette démarche. En réponse à une question d’un des
journalistes turcs, M. Pierre Mariani aurait évoqué l’importance de la
communauté arménienne en France. Depuis 80 ans, celle-ci aurait évolué
et serait arrivée au sommet des institutions françaises. Cela lui aurait
permis de se constituer en un lobby. Les Turcs pourtant plus nombreux
que les Arméniens en France ne seraient pas organisés pour créer un
lobby, aurait rappelé M. Mariani. BNP PARIBAS apporterait son soutien à
la réalisation de ces objectifs pour l’année 2009 où il est question de
préparer une « Année de la Turquie ».
À la lumière de cette interview accordée aux journalistes turcs, il se
dégage une évidence qui ne peut être ignorée. M. Pierre Mariani
s’évertue à faire connaître la Turquie aux Français. Mais le peuple
français n’a pas besoin de M. Mariani pour avoir une opinion sur la
Turquie. Ce pays est issu de l’Empire ottoman. Le monde entier est au
courant des exactions commises par cet Empire depuis le 11ème siècle
lors de son implantation en Asie mineure, sa conquête des Balkans et le
siège de Vienne en Autriche. Au 20ème siècle, un million et demi
d’hommes de femmes et d’enfants en ont été les victimes du génocide
perpétré contre le peuple arménien. Nonobstant avoir commis ce crime
abominable, l’Etat turc a confisqué les biens des Arméniens et interdit
le retour des rescapés dans leurs foyers. La Turquie d’aujourd’hui est
l’héritière de cet Empire. Elle renie l’acte génocidaire perpétré par
ces ancêtres. En janvier 2001, la France a publiquement reconnu le
génocide arménien de 1915. D’autres pays ont suivi l ‘exemple de la
France. Les rescapés de ce peuple génocidé ont trouvé refuge dans divers
pays du monde, en particulier en France et aux Etats-Unis. Parmi ces
rescapés il ne restait pratiquement plus de notables ; la plupart des
notables arméniens de Constantinople ont été victimes d’une rafle le 24
avril 1915, et pratiquement tous ont été exterminés. Les Arméniens ont
donc non seulement perdu des parents, ils ont aussi été spoliés de leurs
biens. Ils disposaient notamment de comptes dans les banques gérées par
des institutions financières occidentales ainsi que des contrats
d’assurance. Aujourd’hui, les petits-enfants de ces rescapés réclament
le dû de leurs aïeux comme le dédommagement des primes et capitaux
d’assurance. La société Swiss Life condamnée en justice a commencé à
verser ces dédommagements. Les Arméniens disposaient également de
comptes dans des banques européennes telles la Deutsche Bank ou la
Dresdener Bank. Est-ce qu’il existerait pas dans les registres de BNP
PARIBAS des comptes gelés depuis le génocide de 1915 ?
M. Pierre Mariani n’auriez-vous jamais entendu parler du génocide des
Arméniens dans l’Empire ottoman ? Vous n’allez certainement pas ignorer
que les descendants des victimes de ce génocide ont obtenu preuves à
l’appui gain de cause auprès des instances internationales pour être
remboursés par vos collègues banquiers. La dissimulation des actes de
barbarie sera tôt ou tard révélée aux yeux du Monde. La Turquie,
héritière de l’Empire ottoman doit assumer son passé même s’il comporte
des pages douloureuses. C’est dans ce climat de confiance que se nouent
des liens d’amitiés entre les peuples, en l’occurrence les Arméniens et
les Turcs.
M. Pierre Mariani, c’est avec une connaissance approfondie de l’histoire
des peuples que vous pourrez apporter un jugement impartial des faits.
Si vous arrivez à persuader les autorités turques de mettre fin au
blocus de l’Arménie, de reconnaître diplomatiquement l’Arménie, de faire
ouvrir les frontières entre les deux pays afin d’assurer une libre
circulation des hommes et des marchandises, c’est à ces conditions-là
que vous œuvrerez utilement aux intérêts des deux peuples et par
conséquent vous aurez contribué aux intérêts de la France.
Nersès DURMAN
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